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Techniciennes dans l'image et la musique : enjeux de visibilité


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La table ronde « Techniciennes dans les métiers de l’image et de la musique : enjeux de visibilité » a réuni un panel de femmes inspirantes pour aborder la place des femmes dans les métiers techniques. Animé par la cheffe monteuse Yasmina Jaafri (Collectif 50/50), ce débat a croisé les parcours de Frida Marzouk (cheffe opératrice), Julie Cohet (régisseuse son) et Helvira Goma (développeuse web). Un état des lieux sans fard et résolument constructif, mené en français, à revivre en vidéo.

Pour amorcer la discussion, la modératrice a rappelé une règle fondamentale portée par le Collectif 50/50 : pour visibiliser, il faut compter. Les statistiques récentes de la post-production, de l’audiovisuel et du spectacle vivant confirment que la technique reste un bastion massivement masculin (74 % d’hommes dans les métiers techniques du spectacle, 86 % dans la programmation).

Si le montage cinématographique français affiche une belle parité, l’étude 2024 du Collectif 50/50 sur les longs-métrages agréés par le CNC révèle qu’il n’y a que 13 % de directrices de la photographie et à peine 11 % d’ingénieures du son en chef de poste. Pire, ces femmes doivent composer avec des budgets de production inférieurs de 14 % à 21 % à ceux de leurs homologues masculins. Même le secteur des costumières, pourtant féminisé à 90 %, voit ses budgets de création pilotés par des hommes surdotés de 21 % de moyens supplémentaires.

Le courage de la reconversion et de l’apprentissage sur le tas

Face à ce déficit de représentation, les invitées ont toutes partagé des trajectoires de vie sinueuses, l’institution scolaire n’évoquant jamais ces métiers comme des débouchés naturels pour les jeunes filles. Julie Cohet, ancienne infirmière, a opéré un virage radical il y a trois ans pour devenir sonorisatrice et régisseuse son sur les scènes parisiennes majeures (Le Trabendo, Petit Bain, La Machine du Moulin Rouge). Avec plus de 3 500 heures d’intermittence au compteur, elle décrit son métier comme celui d’un authentique chef d’orchestre derrière la console de mixage.

Helvira Goma, quant à elle, est passée de l’ingénierie agroalimentaire au développement web et de jeux vidéo, séduite par l’image de ces techniciens travaillant en musique. Confrontée à la précarité des parcours de reconversion, elle a fondé la structure Motiv’Her pour briser une autre statistique alarmante : après 35 ans, 50 % des femmes de la tech changent de métier, épuisées de devoir continuellement prouver leur légitimité face à un entre-soi masculin. « Un ordinateur ou un microphone n’ont jamais refusé de fonctionner parce que nous étions des femmes », rappelle-t-elle avec ironie.

Frida Marzouk a détaillé son apprentissage de la lumière aux États-Unis. Pour se sentir légitime dans le paysage français, elle a choisi de gravir tous les échelons traditionnels, de stagiaire caméra à électricienne et chef électro sur les plateaux américains, avant de signer la direction de la photographie de longs-métrages, notamment dans le monde arabe où les réalisatrices recherchent activement cette complicité technique féminine.

La force des réseaux de solidarité et du mentorat

Pour rompre l’isolement et désamorcer le sexisme ou le racisme ordinaire qui subsistent dans les entrepôts de prestations techniques ou sur certains tournages, la sororité s’organise à travers des programmes structurés. Julie Cohet a mis en avant le dispositif de mentorat horizontal Pulse! (porté par la FEDELIMA), qui réunit 15 binômes de techniciennes à travers la France pour échanger sur leurs pratiques et désamorcer le syndrome de l’imposteur.

Le Collectif 50/50 déploie également son réseau de mentorat depuis six ans et propose un outil de recrutement de plus en plus plébiscité : « La Bible 50/50 », un annuaire en ligne de professionnelles de l’audiovisuel, qui fait écho à l’annuaire Majeur pour les métiers du spectacle vivant. Parallèlement, des associations comme Les Femmes S’en Mêlent ou More Woman on Stage organisent des masterclass et des initiations gratuites au mixage DJ, à la lumière et à la régie pour créer des portes d’entrée accessibles à toutes.

De l’incitation au malus : l’évolution politique du CNC

La table ronde s’est conclue sur la nécessité pour les donneurs d’ordres d’accélérer le changement. Le « bonus parité » de 15 % mis en place par le CNC en 2019 montrant des signes de stagnation, le président de l’institution a annoncé lors du dernier Festival de Cannes envisager la transformation de ce bonus en un système de malus financier pour les productions de longs-métrages qui refuseraient de jouer le jeu de la parité dans leurs équipes de chefs de poste.

Face aux interrogations de la salle sur l’absence de femmes dans les écoles supérieures de son, les intervenantes ont exhorté la nouvelle génération à oser le terrain et à s’emparer des outils numériques. Les compétences s’acquièrent désormais sur le tas, par les stages et la force du collectif. Une prise de conscience indispensable qui doit s’opérer dès l’enfance, comme le rappellent les actions de l’association Les femmes s’animent pour déconstruire les stéréotypes de genre dans les productions d’animation de la jeunesse.

📺 Pour découvrir ces parcours inspirants et comprendre les leviers de transformation des métiers techniques, regardez la conférence complète :

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