Assassin's Creed Shadows : Les secrets de la musique et du sound design (Masterclass)

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Une masterclass exceptionnelle dédiée à la production sonore dans le jeu vidéo. Bénédicte Ouimet, superviseuse musicale chez Ubisoft, est venue décrypter le processus créatif et technique titanesque derrière la bande-son d’Assassin’s Creed Shadows, le dernier opus de la franchise situé dans le Japon féodal de 1579. Une conférence passionnante, menée en anglais, à revivre en vidéo.
Traduire l’essence d’une époque historique tout en respectant l’ADN de science-fiction d’une franchise mondiale est un défi de haute voltige. Pour l’équipe d’Ubisoft Music, répartie entre Montréal et Paris, le chantier d’Assassin’s Creed Shadows s’est avéré particulièrement complexe en raison de son double choix de protagonistes : la ninja Naoe, adepte de l’infiltration furtive et agile, et le samouraï Yasuke, force brute aux combats frontaux. Deux gameplays différents exigeant des identités sonores radicalement distinctes.
La science de la musique adaptative : 4 300 pistes à assembler
Pour la partition principale du jeu (le score), Ubisoft a renouvelé sa confiance envers le duo britannique The Flight. La particularité du jeu vidéo réside dans l’interactivité : la musique doit évoluer de manière fluide selon les actions du joueur. The Flight a ainsi conçu une partition organisée en trois couches d’intensité dynamiques : l’exploration, l’infiltration active et le combat.
Pour alimenter le moteur audio du jeu et éviter la redondance, les compositeurs ont livré pas moins de 4 344 stems (pistes d’instruments séparées). Grâce au logiciel Wwise, devenu le standard de l’industrie, les concepteurs musicaux d’Ubisoft peuvent assembler, muter ou isoler les instruments en temps réel pour créer une variété infinie de combinaisons sonores. Esthétiquement, la bande-son marie des textures électroniques modernes — symbolisant la machine technologique de l’Animus — avec des instruments traditionnels japonais.
L’effet Tarantino : rock psychédélique et influences africaines
Au-delà de la partition orchestrale, Bénédicte Ouimet a dévoilé deux collaborations artistiques majeures qui apportent une couleur unique au projet. Pour accompagner la narration de la ninja Naoe, Ubisoft a fait un pari audacieux en recrutant le groupe montréalais TEKE::TEKE, dont le style fusionne le rock psychédélique, le style « western spaghetti » et les influences japonaises. « L’association de ce rock abrasif avec les images du Japon féodal a créé un véritable effet Tarantino en interne, apportant un vent de modernité incroyable », explique la superviseuse musicale.
À l’inverse, pour illustrer l’histoire du samouraï Yasuke — personnage historique d’origine africaine arrivé au Japon avec des prêtres portugais —, l’équipe s’est tournée vers le projet Thunder Drum, associant le musicien tanzanien Tyga Author. Ce dernier a posé sa voix et ses textes en swahili sur des percussions épiques et des sections de cuivres massives, offrant une couleur afro-cinématographique inédite au jeu.
L’enquête historique : ressusciter les sons perdus de 1579
Le volet le plus vertigineux de la masterclass concernait la production de la musique diégétique (la musique jouée par les personnages dans les rues ou les tavernes du jeu). Pour garantir une authenticité historique totale, l’équipe s’est heurtée à un mur : en l’an 1600, au début de l’époque d’Edo, l’empereur a ordonné la destruction de la quasi-totalité des partitions et archives musicales antérieures.
Ubisoft a donc mené une véritable enquête pour retrouver des musicologues et des maîtres d’instruments anciens au Japon. Malgré les barrières culturelles et la rigidité hiérarchique des conservatoires japonais, l’équipe a réussi à convaincre le grand maître Mr. Goto d’enregistrer des morceaux d’époque au Biwa (un luth traditionnel). Les sessions d’enregistrement ont été dirigées à distance via Teams en pleine nuit, en raison du décalage horaire. Le résultat offre un son purement percussif et brut, très éloigné des harmonies occidentales, provoquant un véritable choc culturel pour les joueurs.
« Il n’y a rien de tel que la musique d’ambiance historique pour créer une immersion totale et faire croire au joueur, dès les premières secondes, qu’il a réellement été projeté dans le Japon de 1579 », a conclu Bénédicte Ouimet.
📺 Découvrez l’intégralité des coulisses sonores et des cinématiques de cette production monumentale en vidéo :
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