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Réalisatrice, scénariste, compositrice : Le trio d'autrices d'un film (Masterclass SRF)


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Une table ronde essentielle organisée en partenariat avec la SRF (Société des réalisatrices et réalisateurs de films). Intitulée « Les 3 autrices d’un film », cette conférence animée par Caroline Hallier a réuni pour la première fois les trois figures légalement reconnues comme les co-autrices d’une œuvre : la scénariste Fanny Burdino, la réalisatrice Christelle Alves Meira et la compositrice Claude Violante. Un débat passionnant, mené en français, à revivre en vidéo.

Fondée en 1968 pour défendre les libertés artistiques des cinéastes, la SRF conçoit ses tables rondes comme des boîtes à outils concrètes pour les créateurs établis et en devenir. En réunissant ces trois profils, le festival a mis en lumière les mécanismes de collaboration, les secrets de fabrication mais aussi la réalité économique, parfois précaire, des statuts d’auteurs en France.

La méthode face au vide : rituels et visions de création

Comment s’organise le quotidien de celles qui créent ? Pour la scénariste Fanny Burdino (qui a écrit pour Arnaud Desplechin ou Cédric Kahn), l’écriture est une discipline quotidienne stricte, structurée de 9h à 17h, souvent rythmée par des séances de brainstorming intensives avec les réalisateurs durant la matinée. À l’inverse, la réalisatrice Christelle Alves Meira (dont le premier long-métrage Alma Viva a représenté le Portugal aux Oscars 2023) confie son besoin d’être épaulée par un co-scénariste pour surmonter le doute et trier ses obsessions intimes avant de poser les bases de sa fiction.

Du côté de la musique, la compositrice autodidacte Claude Violante refuse d’adopter des méthodes ou des structures de travail pré-enregistrées (templates) pour éviter de se répéter. Elle préfère s’en remettre à une solide formation technique pour laisser la liberté et l’inspiration se renouveler à chaque projet, que ce soit pour habiller des documentaires sur Canal+ ou des campagnes de marques.

Précision, effacement et contre-pied : les clés d’un film réussi

Le panel s’est penché sur les définitions croisées de leurs outils artistiques. Pour Fanny Burdino, un bon scénario est avant tout un exercice de précision chirurgicale, comparable à une partition musicale où les structures narratives s’inspirent directement des actes de la tragédie grecque classique. Christelle Alves Meira définit la bonne mise en scène par son effacement : « Quand la mise en scène devient trop visible ou spectaculaire, c’est qu’on n’est pas au bon endroit. Elle doit se mettre humblement au service de l’histoire et des personnages. »

Quant à la musique de film, Claude Violante rejette le vieux cliché de la musique « qui ne doit pas s’entendre ». Pour elle, une bonne composition doit élever le propos sans l’écraser, apporter un éclairage inédit ou, à la manière d’un Stanley Kubrick dans Orange Mécanique, oser le contre-pied ou la contradiction narrative pour enrichir l’image.

Le cloisonnement des étapes : la scénariste, cette grande absente de la post-production

La table ronde a soulevé un paradoxe de l’industrie cinématographique : alors que le droit d’auteur consacre trois co-auteurs, les espaces de discussion à trois n’existent pratiquement jamais. La compositrice arrive en fin de parcours lorsque les images sont montées, tandis que la scénariste est souvent écartée dès le début du tournage.

Fanny Burdino et Christelle Alves Meira ont plaidé pour un prolongement de la présence du scénariste en salle de montage, une étape de pure réécriture visuelle où l’œil extérieur de celui qui a structuré l’intrigue originale peut s’avérer précieux pour guider le réalisateur face au doute. Concernant la musique, Christelle Alves Meira a partagé sa collaboration très en amont avec Amine Bouhafa sur Alma Viva, indispensable pour composer les chants traditionnels portugais joués directement sur le plateau par les comédiens.

La réalité du statut : entre absence d’intermittence et précarité invisible

Enfin, les autrices ont abordé sans fard l’aspect matériel de leur métier. Contrairement aux techniciens ou aux réalisateurs en phase de tournage, les scénaristes et les compositeurs ne bénéficient pas du régime de l’intermittence du spectacle (assurance chômage). Leurs revenus dépendent exclusivement de contrats de commande au forfait ou de droits de diffusion (Sacem, SACD) versés à long terme.

Une réalité qui impose de mener de front de multiples projets à des stades de développement différents pour lisser leur trésorerie, et de compléter leurs revenus par des masterclasses ou des ateliers d’enseignement. Christelle Alves Meira a notamment pointé du doigt la précarité invisible de la période de distribution d’un film : pendant les mois passés à parcourir les festivals et les médias pour accompagner la sortie de son œuvre, le réalisateur n’est absolument pas rémunéré, une zone grise majeure de l’économie des auteurs.

📺 Pour comprendre l’équilibre fragile et passionnant des créatrices de cinéma, découvrez la conférence complète :

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