Violences sexistes et sexuelles : Le cinéma et la musique s'unissent pour le changement

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Une table ronde d’une importance capitale s’est penchée sur la lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VHSS). Animé par Caroline Rogard (Directrice de la communication d’Audiens), ce débat a réuni le député Erwan Balanant, Irène Basilis (Ministère de la Culture), la productrice Alice Girard (Groupe Respect) et Salomé Gadafi (CGT Spectacle). Ensemble, ils ont dressé un bilan des actions menées depuis cinq ans et tracé la feuille de route juridique pour assainir durablement les plateaux, les studios et les scènes.
La lutte contre les violences de genre au sein des industries culturelles ne peut plus se contenter de déclarations d’intentions. Elle exige désormais une action de concert, interconnectée et structurelle. En ouverture de séance, une intervention vidéo de Laurence Pécaut-Rivolier, membre du collège de l’ARCOM, a présenté les conclusions d’une étude récente sur le traitement des VHSS à la télévision. Le constat est encourageant : entre 2021 et 2024, les médias sont sortis du sensationnalisme et de la sémantique dépassée des « crimes passionnels » pour traiter le sujet comme un problème de société systémique, analysé de manière paritaire par des experts.
La conditionnalité des aides : le premier levier de structuration
Irène Basilis, Haute Fonctionnaire à l’Égalité et à la Diversité au Ministère de la Culture, est revenue sur le premier plan de lutte national initié en 2020. Le grand succès de cette politique publique réside dans l’instauration de la conditionnalité des aides. Initié par le CNC pour le cinéma avant d’être harmonisé par le CNM pour la musique, ce mécanisme interdit le versement de subventions publiques aux structures dont les dirigeants et chefs de poste n’ont pas suivi de modules de formation stricts, certifiés par l’Afdas.
Ce verrouillage administratif force les employeurs à intégrer leurs obligations légales en matière de santé au travail et de prévention. « Très souvent, les victimes ou les témoins envoient des signaux faibles à leur production, comme demander à changer d’équipe. L’employeur doit être formé pour décoder immédiatement l’urgence de la situation », explique Irène Basilis. Une démarche d’intérêt général qui s’étend désormais à l’ensemble des aides directes du Ministère de la Culture.
Les syndicats et la post-production : traquer les angles morts de l’industrie
Salomé Gadafi, Secrétaire générale adjointe de la FNSAC CGT, a salué les avancées conventionnelles majeures signées récemment à Cannes dans le secteur du cinéma et de l’audiovisuel, intégrant des obligations de formation pour les chefs de poste et les artistes. Cependant, le syndicat alerte sur les angles morts qui persistent. Si la parole s’est libérée sur les plateaux de tournage grâce à la médiatisation des actrices, le secteur de la post-production reste le parent pauvre de la prévention.
Le montage, les studios d’effets visuels et les lieux d’enregistrement ou de mixage de musiques de films abritent des techniciens et des techniciennes dans des situations de forte précarité (contrats courts, économie de projet). La productrice Alice Girard a également pointé du doigt la période de promotion et de distribution des films, une zone grise contractuelle hors droit du travail classique où la protection des artistes s’estompe dangereusement.
La méthode du groupe « Respect » : responsabiliser les agents et imposer l’assurance
Face à la solitude des professionnels, Alice Girard a détaillé la méthode du groupe Respect. Ce collectif interprofessionnel horizontal a réuni pendant neuf mois des techniciens, des producteurs, des distributeurs et des agents pour publier une boîte à outils pragmatique avant de s’autodissoudre. L’une des préconisations majeures de ce rapport consiste à intégrer une clause assurantielle obligatoire contre le risque de violences sexistes et sexuelles au sein du budget des films, afin de couvrir financièrement les arrêts de tournages imposés par le déclenchement d’une enquête interne.
La commission d’enquête parlementaire relative aux violences commises dans les secteurs de la culture — dont le rapporteur est le député Erwan Balanant — s’est emparée de ces travaux pour formuler 86 préconisations. Le député insiste sur le rôle pivot et la responsabilité collective des agents artistiques. Souvent les premiers confidents des comédiennes, certains agents ont historiquement minimisé les faits ou incité au silence par peur du marché. Le rapport préconise d’adosser la conditionnalité des aides à la formation obligatoire de ces intermédiaires.
De la pédagogie de l’emprise au renforcement de l’aide aux victimes
Pour briser définitivement la culture du silence, le panel a insisté sur la nécessité de déconstruire les mécanismes d’emprise dès la formation initiale. Évoquant l’affaire judiciaire en cours concernant la Maîtrise des Hauts-de-Seine, Erwan Balanant a plaidé pour l’instauration d’un protocole national strict de contrôle de l’honorabilité de tout adulte encadrant des enfants, inspiré du modèle australien. Dans les conservatoires et les écoles d’art comme la Fémis, la maîtrise du droit du travail doit devenir une matière notée et sanctionnée : « On ne peut pas laisser s’installer une normalisation des pédagogies de l’humiliation sous prétexte d’exigence artistique », a martelé le député.
En fin de chaîne, le renforcement de l’accompagnement des victimes est capital pour surmonter le traumatisme de la confrontation judiciaire. Caroline Rogard a annoncé que la cellule d’écoute interprofessionnelle gérée par Audiens élargissait ses horaires jusqu’à 20h dès le 1er juillet et intégrait un dispositif de prise en charge financière d’avocats conseils. Ces experts accompagneront gratuitement les victimes pour rédiger des plaintes directes auprès du procureur de la République et les encadrer lors des auditions au commissariat, évitant ainsi la victimisation secondaire.
En guise de conclusion, Erwan Balanant a lancé un appel vibrant aux hommes de la filière culturelle : « Les femmes subissent les inégalités au quotidien. Il faut que les hommes bougent, qu’ils cessent d’être persuadés que notre société est parvenue à une égalité parfaite et qu’ils prennent enfin leur part de responsabilité dans ce combat collectif. »
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