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Silence, mo(n)teur ! : Dans les coulisses secrètes du son et du montage au cinéma


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Animé par le journaliste et spécialiste Benoît Basirico, ce débat de fond a réuni les monteuses Annette Dutertre et Aël Dallier Vega, le monteur son Antonin Dalmasso et le compositeur Benoît Carré. Ensemble, ils ont décortiqué la relation intime, parfois complexe mais toujours magique, qui unit l’image, le son et la musique lors de l’étape cruciale de la post-production. Une masterclass à revivre en vidéo.

Trop souvent reléguée au second plan ou appréhendée tardivement, la post-production est pourtant l’endroit où s’écrit la véritable dramaturgie d’un film. Pour ouvrir le débat, les monteuses ont immédiatement tenu à préciser les contours de leur métier, réfutant le terme restrictif de « monteuse image ». Qu’il s’agisse d’Annette Dutertre (collaboratrice régulière des frères Larieux et de Noémie Lvovsky) ou d’Aël Dallier Vega (monteuse d’Atlantique de Mati Diop), toutes deux se définissent comme monteuses tout court, voire comme des « éditrices de film ». « Nous montons le son, les dialogues et les intentions musicales dès le premier jour pour poser l’ossature et le rythme de la narration », rappelle Annette Dutertre.

Le fléau des « Temp Tracks » et l’art de composer sur le souvenir

L’un des grands morceaux de bravoure de la table ronde a concerné le piège des musiques temporaires (les temp tracks) utilisées en salle de montage. Placer un tube de Daft Punk ou de Madonna sur une séquence pour lui donner de l’énergie crée un effet « chewing-gum » délétère : le réalisateur s’y attache, et tout ce qui est proposé par la suite semble moins bien.

Pour éviter cet écueil, le compositeur Benoît Carré a partagé sa méthode pour le film Les Rêveurs, réalisé par sa sœur Isabelle Carré. Travaillant à l’aveugle pendant un mois sans aucune image, uniquement nourri par des concepts textuels rétro-futuristes envoyés par la cinéaste, il a accumulé des improvisations aux synthétiseurs et au piano. Un matériel brut dans lequel la monteuse a pu piocher librement. « C’est fascinant de voir comment une monteuse s’empare de votre musique pour en éclater la structure et la décaler de 10 secondes afin de transfigurer une scène », s’est enthousiasmé le compositeur.

Quand la musique naît du sound design et des silences

Le dialogue entre les différents corps de métiers est une nécessité absolue que les budgets et les plannings modernes ont tendance à réduire. Antonin Dalmasso, monteur son sur le film musical Segundo Premio, a souligné l’importance de faire naître la musique du silence ou des textures sonores du réel : un grattement de médiator, le bourdonnement d’un amplificateur. Dans Les Rêveurs, ce travail organique a poussé le compositeur et le monteur son à collaborer pour transformer les bruits de néons et les acouphènes du personnage principal (interné en hôpital psychiatrique) en fréquences musicales dissonantes.

Aël Dallier Vega a quant à elle dévoilé l’envers de la dentelle sonore qu’elle tisse avec la réalisatrice Marie Losier (Félix in Wonderland). Tournant avec une caméra Bolex 16 mm sans son synchrone, l’équipe doit reconstituer chaque micro-bruit et caler les pistes musicales a posteriori au millimètre près, transformant le montage en un pur espace d’expérimentation artistique.

« Rigueur et fantaisie » : les conseils aux futurs professionnels

Interrogés sur les dérives des tournages actuels, les techniciens ont lancé un appel pressant aux équipes de production : le manque cruel d’enregistrements d’ambiances (« room tones ») au tournage appauvrit dramatiquement la matière sonore des films. Annette Dutertre a également mis en garde contre la tendance à tourner le début d’un film en ouverture de tournage, un moment où l’équipe est « à froid » et où l’harmonie collective n’est pas encore en place.

Enseignants à La Fémis ou à la HEAD de Genève, Annette et Aël ont conclu sur ce qu’elles s’efforcent de transmettre aux étudiants : non pas la maîtrise de logiciels informatiques, mais l’esprit même du montage. Une philosophie résumée en une formule lumineuse : « Transmettre la rigueur et la fantaisie », les deux mamelles indispensables pour transformer des problèmes techniques en pure beauté cinématographique.

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