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Inclusivité et parité en Europe : Quand la musique et l'image s'unissent (Conférence)


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Une table ronde internationale d’une importance capitale s’est penchée sur l’égalité des genres. Animée par l’experte en financements européens Maud Gari, cette conférence a croisé les expertises de Fabienne Silvestre (Le Lab Femmes de Cinéma), Alexia Muiños Ruiz (EWA Network) et Gwenaëlle Kerboul (MEWEM / Femmes d’Ekhoscènes). Ensemble, elles ont analysé les barrières systémiques subsistant en Europe et partagé les dispositifs législatifs et associatifs les plus innovants.

Si la prise de conscience autour de l’inclusivité progresse au sein des industries créatives, le chemin vers une égalité réelle reste jalonné d’obstacles. Les réseaux professionnels du cinéma, de l’audiovisuel et du spectacle vivant ne se contentent plus de dénoncer les déséquilibres : ils s’organisent à l’échelle transnationale pour concevoir des outils de mentorat, des incitations financières et des boucliers législatifs face aux menaces de régression politique.

La parité théorique en 2048 : le cri d’alarme des chiffres

Fabienne Silvestre a ouvert les débats en présentant les dernières données collectées par le think tank Le Lab Femmes de Cinéma auprès des différents centres cinématographiques européens. Si la proportion de réalisatrices en Europe est passée de 19 % en 2012 à 26 % en 2024, les projections mathématiques indiquent que la parité ne sera atteinte qu’en 2048.

Le think tank pointe du doigt le phénomène de « la falaise » (the cliff) ou de l’évaporation des talents au fil d’une carrière : alors que les femmes représentent 50 % des effectifs dans les écoles supérieures de cinéma, elles ne sont plus qu’une sur quatre à réaliser un premier ou deuxième long-métrage, et seulement une sur six lors du troisième film. Un constat partagé par Alexia Muiños Ruiz pour EWA Network (réseau regroupant 800 membres dans 56 pays), qui souligne que le défi majeur n’est plus seulement de réussir son premier film, mais de parvenir à construire une carrière durable dans une industrie structurellement défavorable aux femmes.

Face au « Backlash » géopolitique : l’urgence de l’union collective

L’ensemble du panel a alerté l’auditoire sur l’émergence d’un phénomène de retour de bâton (backlash) à l’échelle européenne. Le durcissement géopolitique et le basculement de plusieurs gouvernements et instituts du film nationaux entraînent des coupes budgétaires directes ciblant les programmes d’égalité, sous prétexte que les femmes auraient déjà « tout obtenu ».

En réponse à ce climat d’hostilité, les associations françaises se sont réunies pour bâtir une stratégie de riposte commune. Au-delà des questions financières, Gwenaëlle Kerboul a rappelé les freins psychologiques et systémiques qui pèsent sur les femmes leaders de l’industrie musicale (un secteur où le conseil professionnel privé ne compte encore que 30 % de dirigeantes). Le programme Femmes d’Ekhoscènes accompagne 80 femmes cadres et directrices de salles de spectacles à travers des ateliers de co-développement axés sur la confiance en soi et le personal branding pour briser le syndrome de l’imposteur et l’épuisement face aux biais de légitimité.

Les leviers financiers et législatifs qui transforment le terrain

La conférence a permis de mettre en lumière deux réussites politiques majeures en Europe :

  • Le bonus parité du CNC (France) : Conçu en partenariat avec le Collectif 50/50, ce bonus financier de 15 % accordé aux longs-métrages dont les chefs de poste respectent la parité a radicalement modifié les habitudes d’embauche des producteurs, s’appliquant aujourd’hui à un tiers des films français.
  • La loi de quotas en Espagne : Présentée par Alexia Muiños Ruiz, la nouvelle législation espagnole sanctuarise 40 % des subventions publiques pour les projets portés par des femmes. De plus, le système attribue des points bonus cruciaux lors des commissions pour l’emploi de femmes aux postes techniques dits « en dessous de la ligne » (ingénieures du son, chefs opératrices, compositrices, cheffes machinistes). Une incitation financière directe qui a permis aux réalisatrices espagnoles de rafler le prix du meilleur nouveau réalisateur aux prix Goya six années consécutives.

Dans la salle, des professionnelles du cinéma d’animation ont également partagé l’annonce d’une initiative majeure portée par CITIA au Festival d’Annecy : la création d’une résidence internationale d’écriture spécifiquement dédiée aux réalisatrices de longs-métrages d’animation, un secteur où les statistiques de parité restent encore inférieures à celles de la fiction réelle.

Passer de l’ouverture des portes à la reconstruction de la maison

Pour conclure, Fabienne Silvestre a mis en avant le travail du « Respect Group », un atelier de réflexion de six mois réunissant bénévolement tous les corps de métiers du cinéma français pour publier une boîte à outils pragmatique de lutte contre les violences sexistes et sexuelles sur les tournages.

« Nous n’avons plus seulement besoin d’ouvrir des portes, nous devons entièrement redessiner l’architecture de la maison », a résumé Gwenaëlle Kerboul, appelant à intensifier les synergies et le réseautage — notamment sur LinkedIn — entre les filières de la musique et de l’image. Car la parité n’est pas qu’une question de mathématiques, c’est le moteur indispensable d’une création culturelle plus riche, plus diverse et plus puissante.

📺 Regardez la conférence complète :

 

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