L'image de l'artiste à l'ère numérique : Mythe, mystère et transmission (Conférence)

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PRO 2025
La conférence de Joseph Ghosn (Directeur adjoint de la rédaction de Madame Figaro) a proposé une réflexion captivante sur l’identité visuelle des musiciens. Éloignant les concepts marketing traditionnels pour adopter un prisme sociologique et critique, le journaliste, critique et enseignant à Sciences Po a analysé la manière dont l’image fabrique ou dilue l’aura de la création moderne. Une masterclass habitée, menée en français, à revivre en vidéo.
À une époque où la musique se regarde autant qu’elle s’écoute, un constat s’impose : le rapport de transmission s’est inversé. Pour les jeunes générations, le point d’entrée vers une œuvre n’est plus le disque ou l’écoute solitaire, mais l’image. Évoquant ses cours à Sciences Po, Joseph Ghosn constate que ses étudiants découvrent des monstres sacrés comme Bob Dylan ou Queen par le biais des biopics en salle de cinéma : « C’est une sincérité immense, le film devient le transmetteur de l’œuvre. » Mais face à ce flot continu de vidéos courtes et d’algorithmes, que reste-t-il de la valeur et de la singularité de la musique ?
La persistance de l’aura : relire Walter Benjamin en 2025
Pour structurer sa pensée, le journaliste s’est appuyé sur un texte théorique fondamental écrit en 1935 par le philosophe Walter Benjamin : L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique. Si Benjamin affirmait que la reproduction de masse d’une œuvre d’art diminuait son « aura » (son essence, sa singularité unique), Joseph Ghosn interroge cette perte à l’ère numérique.
Qu’advient-il d’un morceau consommé par petites bribes de quelques secondes sur les feeds d’Instagram ou de TikTok ? Si la transmission opère toujours, la valeur se déplace, poussant les artistes à déployer des stratégies visuelles radicales pour imprimer durablement la mémoire collective.
Trois trajectoires iconiques passées au crible
Pour illustrer ces postures, le conférencier a détaillé trois cas d’école diamétralement opposés qui ont marqué l’histoire culturelle récente :
- Le mystère Burial et l’anonymat politique : Apparu au milieu des années 2000 sur le label Hyperdub, l’artiste de musique électronique londonien a volontairement dissimulé son identité et son visage. En orchestrant ce secret absolu — évoqué par Joseph Ghosn à travers les souvenirs d’un reportage confidentiel à Londres —, Burial a transformé son absence d’image en un outil politique et esthétique ultra-puissant, en parfaite adéquation avec sa musique mélancolique hantée par les fantômes des anciennes rave parties.
- Lana Del Rey et la maîtrise de la mythologie pop : Dès l’explosion du clip de Video Games en 2011, la chanteuse s’est imposée en maîtresse absolue de son imagerie. En montant elle-même ses premiers clips à partir d’images volées, en s’ancrant dans le glamour nostalgique d’Hollywood et du Château Marmont, elle a créé un univers cohérent qui traverse les décennies. Joseph Ghosn rappelle qu’en interview, son sens du détail va jusqu’à la mise en scène de ses propres ongles : la preuve d’un récit global maîtrisé de bout en bout qui l’impose aujourd’hui comme l’une des plus grandes songwriters américaines.
- Kanye West et la dialectique de la métamorphose : À l’inverse, le rappeur et producteur américain s’est construit contre son propre destin, refusant d’être enfermé dans un seul rôle. Sa stratégie visuelle repose sur une fuite en avant perpétuelle pour chercher la puissance là où on ne l’attend pas : du studio au stylisme (en devenant stagiaire chez Fendi), jusqu’au spirituel avec ses processions de gospel des Sunday Services. Une quête de provocation absolue qui l’a mené à des dérives récentes extrémistes, mais qui répond à une même trajectoire : briser le cadre pour exister dans une époque saturée par le scandale.
Du robinet d’eau tiède au fétichisme de l’objet
Lors d’un échange riche avec la salle, Joseph Ghosn a mis en garde contre le piège du streaming passif, assimilé à un « robinet d’eau tiède » où la musique est diluée dans un flux impersonnel dicté par les plateformes de diffusion comme YouTube. Face à cette dématérialisation, l’objet physique — le vinyle, la cassette — se transforme en un fétiche précieux mais parfois aveuglant, qui bloque la vision globale du secteur.
La véritable valeur de la musique réside désormais dans l’expérience vécue, éphémère et impossible à conserver : le concert live. À l’instar de Nick Cave (en concert au festival) qui a fait de son costume sombre et impeccable un uniforme de scène immuable, l’image de l’artiste reste le vecteur indispensable pour activer la passion. « Ce qui m’intéresse dans la musique, c’est ce qui se passe en nous, ce qui se conserve en mémoire et ce qui nous met en mouvement », a conclu Joseph Ghosn.
📺 Pour plonger au cœur de cette réflexion sur les dessous visuels et musicaux de notre époque, découvrez la conférence complète :
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