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Cinéma, IA et écriture : La révolution du processus créatif (Masterclass)


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PRO 2025

La table ronde « L’innovation dans le processus de création », organisée en partenariat avec TechCannes, a proposé un décryptage fascinant des nouvelles technologies de l’image. Animée par Salomé Anfray, cette conférence a réuni Sarah Lelouch (co-fondatrice du WAiFF), le réalisateur Nicolas Pomet et, en visio, le scénariste David Defendi (fondateur de Genario Studio) pour explorer la place de l’artiste face aux outils d’IA générative. Une masterclass prospective, menée en français, à revivre en vidéo.

Introduite avec enthousiasme par Julie Gayet, la rencontre a débuté par un coup de projecteur sur le World AI Film Festival (WAiFF) de Cannes, le premier grand rendez-vous mondial dédié aux œuvres cinématographiques utilisant l’intelligence artificielle. Sur les 1 600 films reçus en compétition en provenance de 55 pays, c’est le film français Russian Sleep Experiment de Nicolas Pomet qui a décroché le Grand Prix. Un thriller d’horreur psychologique et historique claustrophobique qui a bluffé le jury par sa maîtrise narrative et sa cohérence plastique.

Derrière le film, un travail d’artisan : la réalité des 3 000 prompts

La projection du court-métrage a immédiatement balayé l’idée reçue d’une technologie « magique » et instantanée. Pour fabriquer ce film de quelques minutes inspiré d’une célèbre légende urbaine du web, Nicolas Pomet a travaillé seul pendant près de deux mois intensifs. Sa méthode s’apparente à celle d’un film d’animation classique : conception d’un storyboard rigoureux, mise en place d’une animatique, puis génération des calques.

Au total, le cinéaste a dû empiler et tester plus de 3 000 prompts (requêtes textuelles) d’images sur Midjourney, animer les plans via Runway et Kling, et concevoir les dialogues russes via le clonage vocal d’Eleven Labs. Loin d’être passif face à la machine, le réalisateur a dû effectuer un travail d’orfèvre sur Photoshop pour corriger manuellement les lunettes, l’espacement des yeux et uniformiser le visage de ses personnages d’un plan à l’autre. « La machine est inerte. Si on ne la guide pas avec des références cinématographiques et une vision artistique droite, elle ne produit rien d’intéressant », a rappelé Nicolas Pomet.

La démocratisation des genres et la revanche du cinéma indépendant

Intervenant depuis le studio Genario, David Defendi a partagé son analyse des bouleversements économiques à venir. Pour lui, l’IA générative est un formidable outil de désenclavement et de cassure des barrières sociales. Elle permet à des auteurs isolés géographiquement ou dépourvus de gros financements d’illustrer et de pitcher visuellement leur univers auprès des producteurs et des diffuseurs dès l’étape de l’écriture.

De plus, l’IA redistribue les cartes en matière de cinéma de genre (science-fiction, fantastique, films historiques). Des séquences de foules immenses ou des effets spéciaux complexes, autrefois l’apanage des budgets pharamineux des studios hollywoodiens, deviennent accessibles aux productions indépendantes françaises. « Au cinéma, un Black Block qui traverse une rue coûte une fortune en figurants et en logistique. L’IA permet d’intégrer ces décors et ces effets visuels à moindre coût pour remettre les histoires et l’imagination au centre du jeu », explique David Defendi.

Mutation des métiers : l’homme-orchestre et la voix humaine

Face à l’inquiétude légitime de la filière et de la musique à l’image — représentée dans la salle par de nombreux compositeurs —, le panel a dressé un parallèle historique fort avec l’émergence de la MAO (Musique Assistée par Ordinateur), de GarageBand et du rap à la fin des années 90, des innovations d’abord conspuées par les musiciens classiques avant de redéfinir la pop mondiale.

Si des métiers traditionnels vont inévitablement muter, de nouvelles expertises apparaissent, à l’image du Voice Director. Dans le domaine du doublage, ces nouveaux directeurs artistiques guident l’intelligence artificielle pour corriger la froideur mécanique des voix clonées et injecter de la tristesse, de la colère ou des intentions culturelles fines propres à chaque langue.

Pour conclure, Sarah Lelouch a rappelé que si l’image de synthèse progresse à pas de géant, les outils de génération musicale par IA restent encore très limités lorsqu’on recherche de la singularité et de l’émotion pure, confirmant que le talent des compositeurs de chair et d’os reste indispensable pour faire vibrer une œuvre : « Ne jugez pas la performance technique, jugez le cinéma. L’innovation technologique n’est rien sans le cœur et la vision d’un artiste. »

📺 Découvrez le décryptage complet du processus créatif de demain et la projection du film lauréat :

 

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