Tremplin "Elles comme live" : Faire émerger les femmes réalisatrices de concerts (Masterclass)

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La table ronde « Elles comme live » a mis en lumière une initiative concrète et réussie en faveur de la parité. Animé par Vincent Lochmann (INA), ce retour d’expérience a réuni Jane Hammel (ARTE) et la jeune réalisatrice Tamina Manganas pour décrypter les coulisses d’un concours de réalisation multicam qui bouscule un milieu technique encore composé à 73 % d’hommes. Une discussion inspirante à revivre en vidéo.
Le constat dressé par Vincent Lochmann en ouverture est sans équivoque : si les rapports récents font état d’environ 25 % de réalisatrices dans le cinéma, les chiffres s’effondrent dès que l’on pousse la porte des régies mobiles. Pire encore, les données de l’ARCOM rappellent que sur les écrans, le temps de parole des femmes stagne entre 30 et 35 %. Face à cette réalité, l’Unité Arts et Spectacles d’ARTE, qui coproduit et diffuse près de 250 captations de spectacles par an, a décidé de passer à l’action en créant un tremplin unique : le concours Elles comme live.
Passer de l’ombre de la régie à la console de réalisation
« Nous nous sommes rendu compte que sur les 25 réalisateurs réguliers avec lesquels nous travaillons, il n’y avait que trois femmes », a expliqué Jane Hammel. Pourtant, les talents féminins ne manquent pas : elles travaillent en nombre comme assistantes, cadreuses, monteuses ou scriptes musicales. « Mais le milieu souffre d’un fort effet d’entre-soi, et on ne leur donne presque jamais l’opportunité de manipuler la console de réalisation. »
Lancé sous forme d’un appel à candidatures national, le concours a suscité un engouement inattendu en récoltant 240 dossiers. Les six finalistes sélectionnées ont été plongées à la Dynamo de Pantin dans les conditions réelles d’un direct télévisuel, devant un jury professionnel présidé par Clara Isambert. Le défi ? Réaliser consécutivement un live de jazz (un trio avec chanteuse) et une captation de musique classique (un quintette à vent du CNSMDP), deux exercices aux temporalités et aux grammaires visuelles radicalement opposées.
La méthode Manganas : solfège, découpage et légèreté
Grande lauréate de cette première édition, Tamina Manganas s’est imposée par sa maîtrise du rythme et son sens de la mise en scène. Issue d’une école de cinéma, elle réalisait jusqu’alors des clips et des sessions de live acoustiques qu’elle montait elle-même en post-production, mais n’avait jamais piloté de captation en direct. Ses dix ans de solfège se sont révélés être un atout majeur pour décrypter en amont les partitions complexes du quintette classique aux côtés d’une scripte musicale : « Nous avons passé quatre heures la veille à noter chaque mesure pour savoir précisément à quel moment anticiper mon cadre sur le basson ou la clarinette. »
Le jury a salué la « légèreté » et la fluidité de sa réalisation, des qualités que Tamina attribue à son immersion totale dans le tempo des musiciens : « En régie, je bouge physiquement au rythme de la musique. Pour moi, le direct ou le montage, c’est avant tout une partition chorégraphique. »
Du classique au dantesque : le baptême du feu au Hellfest
Preuve de l’efficacité concrète du dispositif, le premier prix du concours consistait à confier à la lauréate la réalisation officielle de concerts retransmis sur ARTE Concert. Par un hasard de calendrier, Tamina Manganas s’est retrouvée propulsée quelques semaines plus tard aux commandes de la captation du groupe Slomosa au Hellfest, l’un des bastions les plus masculins du circuit des festivals.
Une expérience majuscule et sans accroc technique, en dépit des stéréotypes logistiques qui collent encore à la filière : « Sur le terrain, on se retrouve souvent entourée d’hommes et on ressent l’obligation de devoir se légitimer ou d’expliquer que oui, la chaise de réalisation devant la console est la mienne. Mais j’ai été formidablement accueillie par les équipes de production de Sombrero. Les cadreurs ont été d’un professionnalisme incroyable. »
Au-delà du parcours de sa gagnante, le concours a également fonctionné comme un accélérateur d’emploi global : des speed meetings organisés en marge des épreuves ont permis à plusieurs candidates non finalistes de rencontrer des producteurs et d’intégrer immédiatement des équipes de tournage pour la saison des festivals d’été.
📺 Revivez cette discussion inspirante sur les nouveaux visages de la réalisation en direct :
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