Droits, budgets et synchronisation : tout savoir sur la musique à l'image (Table ronde)

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LES RENCONTRES
PRO 2025
Dans le cadre des Rencontres Professionnelles du Festival Sœurs Jumelles 2025, la Salle Royale de l’Hôtel Mercure a accueilli un débat de fond crucial pour la filière : « Écouter, négocier, synchroniser : tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la musique pour l’image sans oser le demander ». Menée par un panel d’experts, cette table ronde lève le voile sur les réalités économiques, les arbitrages budgétaires et les rouages de la création musicale à l’image. Une discussion riche en pédagogie à revivre en vidéo.
Qu’elle soit composée sur mesure, dénichée dans des catalogues de synchronisation ou issue d’une librairie musicale, la musique représente un enjeu artistique et financier majeur pour toute production audiovisuelle. Pour décrypter ces mécanismes, Pierre Cattoni (agent chez Troisième Auteur) a réuni autour de la table Sacha White (directrice du département Musique chez Mediawan), Jonathan Gourmel (directeur des éditions d’InFiné) et Clément Calvet (producteur chez Superprod).
La musique : un personnage à part entière, mais à quel prix ?
D’un point de vue de producteur, Clément Calvet a d’emblée posé une constante : la décision musicale est avant tout créative. « Personne n’a jamais produit une œuvre audiovisuelle en se disant qu’il s’en foutait de la musique. C’est un personnage du film. » Cependant, la réalité économique rattrape vite les intentions artistiques. Entre les exigences des plateformes de streaming et la complexité des coproductions internationales — particulièrement en animation —, sanctuariser un budget décent pour la musique relève parfois du parcours du combattant.
Pour éviter les désillusions, Sacha White prône une approche ultra-pédagogique de la supervision musicale. En intervenant le plus tôt possible, dès la lecture du scénario, elle aide les producteurs à ventiler l’argent dans les bons « pots » financiers en fonction des besoins réels de l’histoire. « Si on n’a pas de temps, il nous faut beaucoup d’argent. Si on n’a pas beaucoup d’argent, il nous faut beaucoup de temps », résume-t-elle, citant l’exemple de la série Machine où le budget a été massivement orienté vers les titres du commerce car les choix de synchronisation portaient la narration.
Le danger des « Temp Tracks » et la valeur d’une synchro
L’un des grands écueils partagés par les intervenants réside dans l’utilisation des musiques temporaires (les temp tracks) en salle de montage. Faute d’avoir la matière du compositeur assez tôt, les réalisateurs s’attachent souvent à des morceaux de référence inaccessibles (comme du Michael Jackson ou du Hans Zimmer). Un piège qui engendre une double déception lors du remplacement par la musique originale.
Pour les éditeurs indépendants comme InFiné, la synchronisation est un levier stratégique majeur mais de gré à gré, qui refuse le bradage. Jonathan Gourmel cite l’exemple de la série Prenez garde aux chiens (Bref 2) : la synchronisation d’un titre de Léonie Perné a provoqué une explosion instantanée de ses streams et de ses Shazams dès le lendemain de la diffusion, offrant un tremplin idéal trois mois avant la sortie de son album.
L’appel à la collaboration et la carte de la librairie
Face aux questions du public concernant les coûts d’un orchestre symphonique — illustrés par l’expérience poignante de Clément Calvet enregistrant les 90 musiciens du film Croc-Blanc au Luxembourg —, le panel a rappelé que la librairie musicale moderne constituait un outil qualitatif et précieux, loin des clichés d’autrefois. Pierre Cattoni et Jonathan Gourmel ont d’ailleurs vivement encouragé les jeunes compositeurs présents dans la salle à investir ce marché : une excellente école de création qui permet de diversifier ses compétences et d’assurer une récurrence de droits d’auteur, offrant ainsi la liberté de prendre des risques sur des films d’auteur plus modestes.
En conclusion, Clément Calvet a tenu à rappeler que les producteurs ne sont pas des ennemis, mais des alliés embarqués dans le même bateau : « Notre métier, c’est 99 non pour un oui. Il n’y a jamais assez d’argent pour tout, pas seulement pour la musique. C’est une œuvre de collaboration, mais il faut continuer à y croire et ne jamais lâcher. »
📺 Regardez l’intégralité des échanges pour maîtriser les rouages économiques de la musique pour l’image :
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