Videos don’t kill radiostars ! Clip, réseaux et IA : Comment construire l'image d'un artiste ?

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PRO 2025
La table ronde « Videos don’t kill radiostars! The image of the artist » a réuni un panel d’experts exceptionnels pour décrypter l’évolution de la vidéo musicale. Animé par Ginevra Capece Galeota (PWR House), ce débat a croisé les regards de Marie-Laure Bebey (YouTube France), Anne-Valérie Atlan (Black Gold) et des directeurs artistiques Bertrand Avril et Guillaume Cottet (Mathematic Studio). Ensemble, ils ont analysé comment l’image, du clip à l’IA en passant par la scénographie, façonne l’identité et l’engagement des artistes d’aujourd’hui. Une conférence inspirante, menée en français, à revivre en vidéo.
Depuis l’apparition des premiers clips sur MTV dans les années 80 et le séisme culturel provoqué par le court-métrage Thriller de Michael Jackson, la musique ne s’écoute plus seulement : elle se regarde. À l’ère des réseaux sociaux et du défilement frénétique sur smartphone, les neurosciences confirment que l’œil attrape le visuel bien avant que l’oreille n’active le son, faisant de la stratégie visuelle le moteur indispensable de toute carrière musicale.
L’émotion et le message social au cœur du vidéoclip
Pour Anne-Valérie Atlan, ancienne rédactrice en chef du magazine de rap Radical et productrice, le clip doit dépasser la simple illustration pour chercher l’émotion pure et le concept fort. Elle a partagé son travail sur le clip du rappeur Denzo en featuring avec Bramsito. Tourné en noir et blanc pendant le Covid, le film reprend le concept et des scènes cultes du film de Mathieu Kassovitz, La Haine, en faisant intervenir l’un de ses acteurs d’origine, Hubert Koundé.
En modifiant la fin tragique originale pour en faire un message d’apaisement entre la jeunesse et la police, elle démontre la force politique et sociale que peut porter un clip : « Nous avons voulu écrire que l’on peut changer l’histoire, que l’amour est plus fort que la haine. Les images ont dit ce que les mots ne pouvaient pas exprimer. »
La révolution de l’IA et de la 3D : l’exemple de Bercy et d’Unreal Engine
L’arrivée des intelligences artificielles génératives (Sora, Runway) bouscule profondément le travail des studios de post-production, mais les intervenants préfèrent y voir un outil d’amplification créative plutôt qu’une menace de remplacement. Anne-Valérie Atlan a ainsi dévoilé les coulisses du concert de La Fouine à l’Accor Arena (Bercy), dont elle a signé la scénographie.
Pendant 2h30 de show, l’artiste a navigué sur scène devant des écrans géants diffusant des univers virtuels et immersifs générés par IA, recréant notamment les quartiers de son adolescence à Trappes ou des décors de Las Vegas. « Générer une telle quantité de contenu en 3D traditionnelle aurait représenté des coûts pharamineux. L’IA démocratise l’accès à la très grande image pour les spectacles vivants, mais elle exige toujours un humain derrière le prompt pour porter la vision », insiste-t-elle.
De son côté, Bertrand Avril (Mathematic Studio) a évoqué l’utilisation d’Unreal Engine — le moteur de rendu en temps réel issu du jeu vidéo — pour réduire drastiquement les coûts de fabrication 3D, ouvrant de nouvelles perspectives esthétiques pour les créateurs.
Stratégie multiformat et satellites : le cas Yamé et Vacra
Marie-Laure Bebey a rappelé qu’en 2025, un clip unique ne suffit plus à porter un album. YouTube impose désormais une stratégie multiformat où le clip central est nourri par une constellation de contenus satellites : coulisses, making-of, lyrics videos et formats courts (Shorts) destinés à capter l’attention et à créer de l’engagement. À l’extrême, le visuel peut même capitaliser sur le mystère, comme pour le premier clip de Vacra où la mise en scène de danseurs anonymes sur une plage a alimenté les spéculations du public et propulsé le morceau avant même que l’artiste ne révèle son visage.
Illustrant ce besoin de générosité visuelle, Mathematic Studio a présenté son travail pour le chanteur Yamé : un court-métrage d’animation ambitieux de 12 minutes scénarisant la quasi-totalité de son album en mélangeant dessin 2D, modélisation 3D et prises de vue réelles. Ce contenu massif est ensuite découpé en segments et en making-of pour alimenter les réseaux sociaux de l’artiste tout au long de sa promotion sans lasser son audience.
La double journée des artistes : de la musique à la création de contenu
Cette omniprésence de l’image impose cependant une charge de travail inédite aux jeunes créateurs, souvent tiraillés entre leur identité de musicien et l’obligation de poster quotidiennement pour exister face aux algorithmes. Les intervenants ont alerté sur les risques de burn-out de la nouvelle génération et rappelé le rôle crucial des labels pour structurer et alléger cette pression marketing.
En conclusion, le panel a dessiné deux tendances majeures et diamétralement opposées pour l’avenir proche de la musique à l’image : d’un côté, le triomphe de la fiction futuriste et des technologies immersives (à l’instar des captations à 360° du collectif La Horde) ; de l’autre, un retour radical à l’essentiel et à l’authenticité brute, porté par une forte demande du public pour des vidéos de sessions live et de chant captées directement en studio, au plus près de l’humain.
📺 Pour maîtriser l’impact du visuel sur l’industrie musicale moderne, découvrez la conférence complète :