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Captation Live : Comment filmer, financer et exploiter le spectacle vivant ? (Conférence)


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Une grande conférence a réuni les décideurs majeurs de la filière pour décortiquer l’univers de la captation de concerts. Animé par les professionnels du secteur, ce débat a croisé les regards de Solène Saint Gilles (France Télévisions), Yann Orhan (Montreux Jazz Festival), Naëlle Samri (Universal Music Group) et Malika Seguineau (Ekhoscènes). Ensemble, ils ont analysé comment transformer un événement éphémère en une œuvre intemporelle multi-écrans. Une rencontre captivante, menée en français, à revivre en vidéo.

En ouverture de séance, un salut tout particulier a été adressé à la réalisatrice Emmanuelle Gaume pour le lancement à la rentrée de l’EICMI (École internationale de composition de musique à l’image), un établissement unique entièrement dédié à la formation des futurs compositeurs pour le cinéma et l’audiovisuel. Le débat s’est ensuite recentré sur le cœur de la post-production et du direct : la captation live, un secteur en pleine mutation qui redéfinit le lien entre l’artiste et son public.

Le service public en première ligne de la démocratisation culturelle

Pour France Télévisions, la captation est un outil politique et social majeur de désenclavement culturel. Solène Saint Gilles a dévoilé l’effort industriel consenti par le groupe avec un volume annuel impressionnant de 350 captations pour les chaînes linéaires et 130 pour l’offre numérique, dont 48 directs musicaux. « Notre mission est d’offrir un accès gratuit aux plus grands événements pour les Français qui n’ont pas la chance d’avoir une salle de spectacle en bas de chez eux », rappelle la responsable des programmes culturels.

Un modèle économique complexe qui s’appuie sur des fenêtres de diffusion négociées (généralement 36 mois sur le linéaire) et des cofinancements indispensables. Dans ce paysage, les exploitants de salles comme Pathé Live jouent un rôle pivot, finançant parfois jusqu’à 50 % d’une captation pour s’assurer l’exclusivité d’une première diffusion sur écran géant de cinéma, avant que le service public et le CNC ne prennent le relais.

Protéger le regard : l’éthique de la captation face au tout-numérique

Du côté artistique, Yann Orhan a partagé son expérience au sein du mythique Montreux Jazz Festival, qui s’apprête à fêter ses 60 ans d’existence. Fort d’une banque d’archives inestimable regroupant des concerts de Led Zeppelin ou de Marvin Gaye, le festival impose une charte esthétique exigeante. Pour préserver l’authenticité du concert, Yann Orhan a fait un choix de mise en scène fort en supprimant toutes les grues et machineries lourdes du champ de vision du public : « Je préfère des humains derrière les caméras. Il ne faut pas chercher à faire croire en vidéo que la salle est quatre fois plus grande, il faut capter la vérité de l’instant. » Une exigence qualitative payante : en quatre ans, le taux d’acceptation des artistes pour diffuser leur concert en streaming est passé de 20 % à 80 %.

Pour Naëlle Samri, directrice du catalogue audiovisuel chez Universal Music Group, la captation doit être pensée comme une œuvre à part entière et non comme un produit promotionnel de seconde zone. Les labels exploitent de plus en plus ces captations de fin de tournée pour créer des objets collectors (vinyles live, coffrets), prolongeant ainsi le storytelling de l’artiste pendant ses périodes de retrait et de composition en studio.

Le paradoxe des smartphones et le combat juridique des producteurs

La conférence a levé le voile sur une étude comportementale surprenante menée auprès des 18-34 ans. Alors que les écrans de téléphones portables saturent les fosses des concerts, les jeunes réclament paradoxalement l’interdiction des smartphones pour revivre l’expérience pure et éphémère du vivant. Une attente partagée par certains artistes comme Stromae, qui avait exigé la confiscation des téléphones lors d’un concert intimiste pour France Télévisions.

Sur le plan juridique, Malika Seguineau, Directrice Générale d’Ekhoscènes (le plus gros syndicat d’entrepreneurs de spectacles vivants privés), a soulevé une anomalie historique : le producteur de spectacle, qui prend pourtant l’intégralité du risque financier pour monter la tournée et fabriquer le show, est le seul acteur de la chaîne de valeur à ne pas être reconnu juridiquement comme un ayant droit de la captation, contrairement aux labels ou aux réalisateurs. Une revendication forte portée par le syndicat pour rééquilibrer le partage de la valeur.

Le livestream payant est mort, vive le flux et les artistes en développement

Enfin, le panel a enterré définitivement le modèle économique du livestream payant (les concerts virtuels à billets), un pur épiphénomène du confinement qui ne génère aujourd’hui plus aucune économie viable, même pour des mastodontes comme Jul. L’avenir réside dans la gratuité financée et l’intégration de pastilles dédiées aux artistes émergents.

En réponse à une interpellation de Karim Mani (structure d’accompagnement Trampo à Nantes) sur la précarité des artistes en développement en région, Solène Saint Gilles a rappelé que France Télévisions s’efforçait de briser les stéréotypes industriels du « single » en intégrant des formats de mini-showcases (trois ou quatre titres) en fin d’émission sur Culture Box, offrant une première vitrine live indispensable aux talents de demain.

📺 Pour comprendre les enjeux de production, de réalisation et de diffusion du spectacle vivant, regardez la conférence complète :

 

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