Protéger les créateurs face à l'IA : La révolution du prompt et du nom (Masterclass)

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La conférence « Composer avec l’IA : protéger les créateurs dès le prompt » a fait l’effet d’un électrochoc dans la filière musicale. Animée par l’auteur-compositeur Malik Djoudi, entouré de l’avocate Alexandra Jouclar, du compositeur Brice Davoli et du fondateur Emmanuel Lipscic, cette démonstration en direct a révélé les failles du droit d’auteur traditionnel face à l’IA générative et présenté la solution IPFC : un bouclier juridique et technique fondé sur la protection du nom de l’artiste.
L’intelligence artificielle générative n’est plus un fantasme technologique lointain, elle est solidement installée au cœur des industries culturelles. Si elle représente un outil d’assistance au mixage, au nettoyage sonore ou au mastering pour de nombreux techniciens, ses dérives autogénératives font planer un risque majeur de cannibalisation économique et de remplacement des créateurs de chair et d’os. Face à ce « Far West » réglementaire, la filière cherche la parade.
Démonstration en 5 minutes : fabriquer du Frank Sinatra sans connaissances musicales
Pour faire comprendre l’urgence de la situation, le compositeur à l’image Brice Davoli a réalisé une démonstration en direct particulièrement saisissante. En utilisant un langage basique accessible à un enfant de 8 ans, il a demandé à ChatGPT de lui générer un script technique hautement détaillé, mentionnant explicitement le style de l’orchestrateur emblématique de Frank Sinatra, Nelson Riddle.
Copié-collé dans l’IA générative musicale Audio, le prompt a accouché en moins de trois minutes d’une suite harmonique de jazz des années 50 d’une justesse et d’une crédibilité technique bluffantes. En extrayant ensuite la piste de chant pour la passer dans un outil de clonage vocal (Eleven Labs) configuré sur la voix de Frank Sinatra, le public a pu entendre un morceau totalement inédit et indifférenciable d’un enregistrement d’époque. « Ce titre a été généré sans une seule compétence musicale. Demain, n’importe quelle agence de publicité ou production de film peut l’utiliser pour remplacer le travail d’un compositeur ou d’un arrangeur », a alerté Brice Davoli.
Le talon d’Achille du droit d’auteur : quand l’œuvre s’évapore
C’est ici que se situe le nœud du problème juridique décrypté par Emmanuel Lipscic et Alexandra Jouclar. Le morceau généré en direct ne copie aucune partition existante du répertoire de Frank Sinatra. Par conséquent, les ayants droit et les éditeurs historiques de l’artiste sont techniquement incapables de poursuivre le créateur du prompt pour contrefaçon, le critère traditionnel de la « ressemblance physique » de l’œuvre ne pouvant s’appliquer.
Lorsque les modèles d’IA absorbent des millions de chansons (les inputs), ils traduisent les œuvres en suites de mots et en concepts abstraits. Le droit d’auteur classique se retrouve totalement désarmé face aux résultats sortants (les outputs). Pour les fondateurs d’IPFC, la solution ne réside pas dans un combat frontal contre l’outil, mais dans la création d’un pont de régulation. L’unique moment où l’utilisateur ou la machine fait appel à l’identité d’un artiste pour guider sa création, c’est au moment de l’écriture de la requête : le prompt.
Reprendre les rênes grâce à l’article 9 du Code Civil
La solution innovante portée par IPFC consiste à déplacer le champ de bataille juridique de la propriété intellectuelle vers les attributs de la personnalité, régis par l’article 9 du Code Civil. Contrairement aux droits d’exploitation d’une œuvre, qui sont souvent cédés aux labels ou aux éditeurs, le nom, l’image et la voix appartiennent de manière inaliénable à l’individu jusqu’à sa mort.
En enregistrant leur nom sur la plateforme IPFC, les créateurs (qu’ils soient musiciens, réalisateurs, acteurs ou chefs opérateurs) et les marques s’arment d’un modèle d’Opt-in / Opt-out. Le système permet d’interdire aux moteurs de recherche des IA d’utiliser leur nom comme balise de référence créative ou politique. Si un utilisateur tente d’écrire un prompt « à la manière de », l’IA se voit opposer un refus systématique. Les fondateurs ont révélé mener des discussions confidentielles majeures avec les géants de la tech (OpenAI, Google), ces derniers étant demandeurs d’un cadre sécurisé pour déployer leurs futures régies publicitaires sans risquer de multiples procès de la part des grands créateurs mondiaux.
« En 2019, lors de l’arrivée du streaming, les créateurs ont été exclus des discussions majeures à cause du secret des affaires imposé par les GAFAM. Aujourd’hui, avec l’IA, nous devons reprendre les rênes de la diligence, protéger notre nom et imposer un nouveau modèle de rémunération proportionnelle », a conclu avec force l’avocate Alexandra Jouclar.
📺 Découvrez en vidéo cette démonstration historique et les clés technologiques pour protéger votre identité de créateur :