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Musique, son et cinéma : La nouvelle garde des chercheurs décrypte l'image (Masterclass)


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LES RENCONTRES
PRO 2025

Place à la jeune garde de la création et de la recherche culturelle. Issus du CNSMDP, de La Fémis et du CIMP, quatre étudiants et jeunes diplômés ont présenté leurs travaux théoriques et pratiques explorant les liens intimes entre la musique, le son et l’image. Une table ronde passionnante, menée en français, à revivre en vidéo.

Loin d’être de simples exercices académiques, les mémoires et thèses présentés cette année bousculent les frontières de la post-production en jetant des ponts indispensables entre la théorie universitaire et la pratique concrète des studios.

Démonstration live : quand le public devient chef d’orchestre

Ingénieur du son et compositeur diplômé du CNSMDP, Arthur Rennesson a ouvert la rencontre en liant les concepts de musique interactive (très présente dans le jeu vidéo) et d’œuvre ouverte (théorisée par Umberto Eco). Pour illustrer sa thèse, il a composé la pièce Eurydice pour quatre instruments (piano, flûte, clarinette, vibraphone) sur une partition non traditionnelle offrant une liberté totale d’interprétation.

En effectuant une démonstration en direct via une interface projetée, Arthur Rennesson a prouvé que le public pouvait s’approprier l’œuvre en temps réel, en modifiant la vitesse d’exécution, le registre des instruments (du grave à l’aigu), les passages en solo ou l’orientation stylistique de la pièce, abolissant ainsi la distance entre le créateur et l’auditeur.

Théorie de la perception : de David Lynch à Louis XIV

Diplômé du département son de La Fémis, Sylvain Adas s’est penché sur les mécanismes narratologiques des sons non diégétiques (les sons extérieurs à l’univers du film). En modélisant un axe inédit basé sur « la distance à l’histoire », il explique comment l’intégration du son modifie la perception du spectateur : une musique baroque discrète lors d’une scène à la cour de Louis XIV s’effacera au profit du dialogue, tandis qu’un morceau de rock fort et anachronique projettera immédiatement le spectateur dans la conscience d’un choix de mise en scène.

Pour valider ses recherches, il a mené une expérience scientifique sur une séquence de Mulholland Drive de David Lynch, synthétisant de nouvelles banques de sons pour prouver que si notre bagage culturel et cinématographique dicte notre perception émotionnelle, le cinéma d’auteur conserve une immense liberté pour raconter une même histoire avec des textures sonores radicalement opposées.

Harry Potter sous le prisme du mixage immersif

Doctorant au CIMP, Romain Charlet a choisi la saga Harry Potter comme terrain d’étude de la magie sonore. Il a notamment décortiqué la célèbre scène de danse entre Harry et Hermione sur le titre O Children de Nick Cave dans le septième volet. Par la force du mixage, le morceau passe d’un son caverneux (sortant de la radio diégétique) à une musique enveloppante et extradiégétique qui coupe les bruits de l’environnement. « Le spectateur n’est plus seulement assis dans sa salle, il est projeté physiquement au milieu de la tente, dans l’enlacement des personnages », analyse-t-il.

Ses travaux interrogent également la réappropriation des thèmes cultes de John Williams par les compositeurs successifs de la saga, ainsi que le statut musical du sound design lors du bruitage des sortilèges (les halos d’aigus de Lumos ou du Patronus).

L’éthique du monteur son face aux langues inconnues

Enfin, Valentin Keung (La Fémis), monteur son et mixeur franco-laotien, a partagé un questionnement éthique et pratique majeur : comment travailler en post-production sur une langue et des codes sociaux que l’on ne maîtrise pas ? En s’appuyant sur des entretiens menés avec des techniciens légendaires (Marc Mangini, Lars Ginzel) et des réalisateurs comme Gaspar Noé (Enter the Void) ou Arthur Harari (Onoda), il a mis en lumière les pièges de l’ethnocentrisme occidental.

Sur Onoda, film français tourné en japonais, le choix d’imposer un jeu d’acteur calqué sur le naturalisme français a brisé la vraisemblance pour le public nippon, habitué aux codes théâtraux et militaires très codifiés de l’armée impériale. Valentin Keung invite ainsi les futurs artisans du son à faire preuve d’une immense humilité et d’une curiosité constante lors du traitement des dialogues et du montage des foules étrangères.

📺 Découvrez l’intégralité de ces présentations de recherche pour entrevoir l’avenir de la réflexion sur la musique à l’image :

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