Yuksek, au rythme des images

Musicien et producteur de musique électronique, Yuksek mène une carrière parallèle aux dancefloors en composant régulièrement pour l’image. Après Marguerite et Julien présenté à Cannes en 2015, le compositeur d’En Thérapie était de retour sur la Croisette cette année pour le court-métrage réalisé par Pascale Arbillot dans le cadre des Talents ADAMI. Egalement présent à Rochefort pour Sœurs Jumelles, il participera au débat du 23 juin à 18h : « Mediawan : aborder la réalisation musicale d’une production audiovisuelle ».

Qu’est-ce qui vous plaît dans la composition pour l’image ?
Plusieurs choses. D’abord l’altérité, ne pas travailler tout seul en partant d’une page blanche. Pouvoir compter sur l’idée d’un réalisateur, sur un scénario, des images ou un thème au sens large qui vont guider la création. Parfois, la page blanche a quelque chose d’assez fatiguant ou d’un peu vertigineux. D’autant plus que je ne fais pas des albums concept. Quand je fais de la musique pour moi, je pars de rien, je n’ai pas d’ambition, pas de vision. Ce que j’aime aussi, c’est pouvoir m’essayer à d’autres styles, pouvoir tout explorer musicalement. Sous mon nom Yuksek, je fais de la musique pour danser dans un certain format. Là, c’est beaucoup plus libre. C’est galvanisant de rentrer dans un cadre prédéfini.

Quelles sont les différences majeures par rapport à votre carrière de musicien solo ?
Disons qu’il y a moins d’enjeu d’égo : on est au service d’un film. C’est plutôt agréable, même si l’on souhaiterait parfois que la musique soit un peu mieux mise en valeur. La dernière fois, j’écoutais une émission à la radio qui présentait trois séries télé, et pour chacune, les chroniqueurs disaient que la musique était géniale, qu’elle portait la série, sauf que personne n’a jamais cité les compositeurs. C’est assez symptomatique. Tout le monde reconnaît que la musique a une place importante dans le cinéma, dans les séries, dans l’image en général. Mais personne ne s’intéresse à celui qui la compose.

Avez-vous l’impression de travailler dans l’ombre ?
Je n’en avais pas conscience au départ et pour être honnête, je me suis jamais vraiment intéressé à qui faisait la musique de tel ou tel film. Cela dit, demandez à n’importe qui dans la rue de vous citer le nom de dix réalisateurs français. Je ne suis pas sûr que tout le monde y arrive. Les vraies stars, ce sont les acteurs. Et encore, j’ai la chance d’être plutôt mis en avant sur chacun de mes projets. Même sur En thérapie alors qu’il y avait quand même un casting énorme : les gens ont clairement pu identifier qui avait fait la musique. Il faut dire que, dans la plupart des projets auxquels j’ai participé, les réalisateurs avaient vraiment envie de valoriser le travail du compositeur. C’est le cas de Toledano et Nakache qui ont une grosse culture musicale.

Vous venez de signer la musique de La nuit des chasseurs, un court-métrage réalisé par Pascale Arbillot pour l’Adami. Comment s’est déroulé ce projet ?
J’avais fait la musique de l’adaptation des Particules élémentaires pour France 2, où Pascale jouait l’un des rôles principaux. Elle m’a écrit car elle rencontrait des difficultés avec la musique de son court : j’ai donc pris part au projet très tard alors qu’elle travaillait déjà sur le montage. On est parti sur une sorte de berceuse qui évoquerait les musiques de chasse, un truc un peu inquiétant à la « Pierre et le Loup ». Mais, au final, elle a plutôt voulu s’appuyer sur les bruits et les ambiances et il y a assez peu de musique. Moins que ce que j’avais composé mais ça fonctionne très bien ainsi. La musique à l’image, c’est un savant dosage : parfois, il vaut mieux en enlever qu’en rajouter pour servir le propos.

Comment vous impliquez-vous sur l’image quand il s’agit de vos clips ?
Ça va paraître étrange, mais je n’y ai jamais accordé une grande importance, ce qui est sans doute une erreur de ma part. C’est peut-être parce que j’ai toujours fait de la musique énergique pour danser, sans véritable caractère cinématographique. Mais c’est aussi parce que j’ai un rapport assez essentialiste à la musique. Par exemple, quand je vais à un concert, ce n’est pas pour voir des écrans géants, des feux d’artifices et des chorégraphies. C’est pour voir des musiciens jouer. En revanche, quand c’est la musique qui sert l’image, ça n’a rien à voir : c’est presque un autre personnage de l’histoire, avec un sous-texte propre, et là, c’est passionnant.

Quelles sont vos références en matière de musiques de film ?
Je suis un peu rétro : Sarde, Legrand, le genre de grands thèmes simples et profonds comme Les Choses de la Vie avec Michel Piccoli. D’ailleurs, je suis incapable de l’écouter; ça m’étouffe d’émotion. Même si je ne suis pas excessivement sensible aux musiques de Hans Zimmer, je dois aussi reconnaître qu’Interstellar est la plus belle B.O. entendue depuis bien longtemps. Cette récurrence de quelques notes, c’est hyper beau. Le mec a réussi à faire ce qu’aurait dû être la B.O. de 2001: L’Odyssée de l’espace si Kubrick avait vraiment décidé d’en faire une. Mais je n’ai pas de chapelle. C’est la raison pour laquelle faire des musiques de films m’amuse. Parce qu’on passe précisément d’un univers à l’autre.

Propos recueillis par Pierre Lesieur

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