Renaud Barbier, compositeur : “Ennio Morricone m’inspire”

Collaborateur privilégié de son frère, le réalisateur Eric Barbier, Renaud Barbier compose pour le cinéma et la télévision depuis une vingtaine d’années. Les équipes de Cristal Productions l’ont rencontré à l’Alhambra Studio de Rochefort.

A quelle étape de la production intervenez-vous ?
Selon les réalisateurs, j’interviens dès le début du scénario. Par exemple, avec mon frère (Eric, NDLR), il y a des scénarios où j’ai composé les musiques en amont :  il s’en servait ensuite sur les tournages comme pour Le serpent. En revanche, pas pour Le Dernier Diamant qui s’est lancé tout de suite… Pour Petit Pays, je suis intervenu vraiment à la fin parce qu’il ne devait pas y avoir de musique originale : ce n’est jamais pareil ! Par exemple, Pascal Cuissot, le réalisateur avec qui on fait Au temps des dinosaures sur France Télévisions, me parle vraiment avant de lancer le projet. J’aime beaucoup : sur les scénarios, notre imaginaire est beaucoup plus grand que sur des images données.

Votre travail d’écriture est-il différent selon vos projets ?
Tu vas chercher de l’artifice, de l’apparence pour les pubs;  tu vas chercher de la profondeur, de la dramaturgie dans les films; dans les comédies, tu vas chercher d’autres choses… Tout est différent !

Quelle est votre méthode de travail ?
Je ne me fais pas de séquences sur l’ordinateur, avec tous les sons déjà établis. Je pars de zéro : j’aime bien prendre ma partition, mon crayon, ma gomme et trouver des motifs, des thèmes, sur mon piano, mon instrument à l’origine… Pour moi, l’orchestration est aussi un élément clé, au même titre que la composition. J’aime écrire, non pas pour les instruments mais pour les instrumentistes. Parce que j’aime justement aller chercher la dramaturgie ou un travail vraiment plus profond… Je préfère le fond que la forme, c’est une évidence !

Quel compositeur vous a le plus inspiré ?
Ennio Morricone. Lui et Sergio Leone montaient sur la musique que Morricone avait composée. Dans tous les montages, les musiques étaient faites de forme musicale, par 8, 16 mesures, assez traditionnellement finalement… Des fois, à l’image, on est obligé de casser des structures par rapport à la dramaturgie pour avoir des synchros de dialogues, d’images… Ce qui casse un peu la continuité.

Quelle a été la rencontre déterminante dans votre parcours ?
La personne qui m’a le plus appris dans le chemin de ma vie, celui sur lequel on a fondé le Berklee College of Music en 1955, c’est Herb Pomeroy : il était la philosophie musicale ! Il écrivait, non pas pour l’Alto, le Sax Alto 1, le Sax Alto 2, le Sax Ténor 1, mais pour les gens qui jouaient ! Il changeait continuellement les lignes musicales qui créaient des mélodies pour chaque musicien.

La musique tient-elle une place importante dans les projets audiovisuels ?
Pour France Télévisions, Pascal m’a dit qu’il avait demandé à ce que la musique raconte toutes les choses à la place du commentaire… C’est cool. Mais ça fait dix ans qu’on bosse ensemble et il peut prendre la responsabilité d’aller voir la production et de dire : “Je mise sur ça, c’est ça que je veux”. Combien de projets vont donner les clés pour trouver cette originalité ? Très peu ! De nos jours, on veut parfois des musiques qui sont juste des tapis derrière, où il n’y a pas d’identité réelle. Et puis, parfois, on voit des séries américaines, suédoises ou d’ailleurs, et on se dit que la musique est géniale ! Elle a une place incroyable, une originalité… Mais c’est parce qu’on l’a voulue comme ça, qu’on a misé sur ça.

Quelle place accordez-vous aux rencontres professionnelles ?
Le lien humain, c’est ça qui importe ! Je suis énormément touché par “El Sistema”, le système musical créé par Abreu au Venezuela qui est le plus beau système musical, social existant. S’il se démocratisait sur Terre, on vivrait dans un autre monde… La rencontre, c’est la clé. Ce n’est d’ailleurs pas anodin d’avoir choisi le jazz à l’origine. Le jazz, c’est la rencontre musicale et humaine.

Photo de couverture © DR

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