Les Sparks : “Notre musique a servi d’impulsion à Annette”

Groupe légendaire de rock indépendant, les Sparks remportaient fin février le César de la Meilleure Musique de film pour Annette. Plus que d’habiller la comédie musicale de Léos Carax, leurs compositions lui ont littéralement donné vie. Russell et Ron Mael nous racontaient cette collaboration en marge lors du 74e Festival de Cannes dont le film faisait l’ouverture. 

Comment est né le projet Annette ?
Russell Mael : Il y a 9 ans, nous avons eu une idée : ce n’était pas vraiment une comédie musicale, mais plutôt un projet d’album narratif qu’on aurait pu jouer sur scène, nous deux et une chanteuse qui interprèterait Annette. Comme il reprenait exactement la même histoire que le long-métrage aujourd’hui existant, la majorité des musiques du film furent composées à ce moment-là. Et puis, il y a 8 ans, nous sommes venus à Cannes pour rencontrer Léos Carax qui avait utilisé notre chanson « How are you getting home » dans Holy Motors. De retour à Los Angeles, nous étions devenus fans de ses films. Notre rencontre avait piqué notre curiosité, la sienne aussi. On lui a alors parlé de notre projet, et après quelques temps, il nous a dit vouloir en faire son prochain film.

A-t-il modifié l’histoire originale ?
Russell : En s’investissant dans ce projet, il amenait forcément son style si unique, sa vision. Mais il aimait vraiment l’histoire et notre musique et a surtout travaillé à redéfinir un peu les personnages pour qu’ils soient plus crédibles que sous leur forme originale.

D’habitude, on pose plutôt la musique sur les images mais, dans ce cas, c’est précisément le contraire.
Russell : Cela donne évidemment à la musique une place plus importante dans le film : la direction artistique est intégralement basée sur la musique. Ça change tout. C’est d’ailleurs ce qu’on a particulièrement aimé dans ce projet, du début à la fin : c’est notre musique qui sert d’impulsion. Le travail d’acteur, la photo, les moindres détails ont été pensés en fonction de la musique, et non l’inverse.

Vous êtes-vous impliqués sur le tournage ?
Ron Mael : Non. On a été si impressionnés par la filmographie de Léos qu’on lui a fait totalement confiance pour la partie visuelle. Vous savez, quand on écrit des chansons, on a toujours des images en tête. Mais quand on a vu les siennes, c’était extraordinaire, étonnant. Bien sûr, nous avons échangé avec lui, il nous faisait part de ses réflexions. Par exemple, pour la scène clé dans le bateau,  il se demandait s’il fallait la filmer sur un vrai bateau ou dans un décor plus théâtral. Finalement, il a choisi la seconde option et c’est l’une des plus belles scènes du film. Cette fantaisie, ce côté artificiel, dans le bon sens du terme, transcende la musique. Il a un tel génie qu’on a finalement préféré se mettre en retrait.

Quand avez-vous découvert son travail ?
Russell : Avec Holy Motors. On adore tout particulièrement Les Amants du Pont Neuf et la façon unique dont il utilise la musique dans son travail. Il n’avait plus qu’un petit pas à faire pour s’attaquer à un film musical car il a cette fibre naturelle. On collabore avec lui depuis 8 ans maintenant, et alors que nous avons eu le temps de faire 2 ou 3 albums, lui s’est uniquement consacré à ce film.

Quelles affinités avez-vous avec le cinéma ?
Russell : Nous avons grandi à Hollywood et avons donc toujours gravité à proximité du cinéma. Comme tout le monde, il y a des univers qu’on adore, comme le cinéma Japonais ou La Nouvelle Vague. Nous avions failli travailler sur plusieurs films mais aucun n’avait vu le jour jusqu’à aujourd’hui.

Vous êtes aussi au cœur du documentaire The Sparks Brothers réalisé par Edgar Wright (disponible en DVD). Comment s’est déroulée cette expérience ?
Russell : Edgar est un grand fan des Sparks : nous le connaissions déjà bien quand il a évoqué l’idée d’un documentaire il y a environ 3 ans. Il nous a dit qu’il aimerait faire un film sur le groupe, avec une façon différente de raconter notre histoire par rapport aux documentaires musicaux habituels. Ce qui est génial, c’est que sur les 25 albums qui jalonnent notre carrière, tous n’ont pas connu le même succès. Pourtant, il a choisi de les présenter de manière équitable. Et puis, il a aussi sollicité des invités vraiment spéciaux venus d’univers très différents qui parlent de notre travail avec beaucoup de pertinence : des musiciens comme les Red Hot Chili Peppers, des acteurs, des écrivains…

Ron : Il n’a par ailleurs pas fait un documentaire sec et narratif : il y a mis du style.

Avec tout cela, n’avez-vous pas l’impression d’être devenus cultes ?
Russell : Tout dépend de la façon dont vous l’entendez. Si c’est dans le sens populaire ou mythique, certainement pas. Mais si cela signifie cool, ça nous va très bien !

Propos recueillis par Pierre Lesieur

Photo de couverture © Anna Webber

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