La boum par Vladimir Cosma

Il y a un peu plus de 40 ans sortait La Boum, porté par un slow, “Reality”, sur lequel ont dansé des milliers d’adolescents. Un titre dont la création a tenu au talent, à l’audace et à la détermination de son auteur, Vladimir Cosma.

C’est le slow ultime, celui qui a peut-être donné le ton de nombreux autres après lui. 1980 : Sophie Marceau, alias Vic Beretton, 13 ans, découvre le frisson du premier amour en dansant avec le jeune Matthieu dans La Boum, de Claude Pinoteau. La France, quant à elle, tombe sous le charme d’une actrice et d’une chanson qui deviendront de véritables trésors nationaux. “Reality”, titre phare du film interprété par Richard Sanderson, est l’œuvre de Vladimir Cosma (jusqu’au texte, signé sous le pseudonyme Jeff Jordan). Un tube dont la conception n’est pourtant pas allée de soi.

Techniques du slow

Alain Poiré, producteur du film, avait d’abord envisagé de confier la bande-originale de La Boum à Michel Polnareff. Celui-ci s’étant exilé aux Etats-Unis, Pinoteau et lui se tournent vers le compositeur d’origine roumaine. Déjà très pris par deux musiques de films issus eux aussi des studios Gaumont (Inspecteur La Bavure et Le Coup du parapluie), Cosma décline. Mais Poiré lui rappelle qu’il ne doit pas négliger les “petits” projets de la maison de production. Le timing est serré : “On m’a d’abord demandé le thème principal du film, qui servirait de playback sur des scènes à tourner deux semaines plus tard”, se souvient le compositeur. Il s’agit du refrain, que Vladimir Cosma élabore en quelques jours à partir d’une des nombreuses notes qu’il inscrit dans de grands cahiers dès qu’il a une idée. Le scénario du film lui importe peu : “Un thème est un thème, il peut être mis sur différentes images. Si on met une symphonie de Mozart sur un film de Hitchcock, ça souligne le suspense. Si on la met sur un film d’amour, ça devient un thème romantique. Faire une bande originale qui décrit ce qu’on voit à l’image est moins intéressant, selon moi, qu’une musique plus libre. Mais chaque compositeur a son style : à chaque fois, le film et lui vont l’un vers l’autre.”

Il lui faut cependant façonner la chanson selon un cahier des charges précis : “Le slow, ce n’était pas mon univers. Je n’étais pas un spécialiste des musiques de danse, je ne fréquentais pas les boîtes de nuit. Mais cela m’intriguait, c’était amusant et intéressant de me plonger dans quelque chose qui m’échappait.” Vladimir Cosma étudie donc la structure des slows de l’époque (ainsi qu’il le fera avec des titres ska, comme on en trouve dans le reste de la B.O.)  : “J’ai regardé comment ils étaient construits : le tempo, le nombre de mesures…. “ Reality”, c’est une mélodie qui aurait pu faire un lied, le thème d’une symphonie, ce qu’on veut. Cela dépendait de la construction, qui est venue dans un second temps.” Construction avec laquelle il prend quelques libertés : en plus d’une intro instrumentale, Cosma écrit un assez long couplet : “Il y a presque une minute avant que le thème n’arrive, ce qui est inhabituel : selon les maisons de disques à qui l’on a ensuite présenté la chanson, il fallait rentrer tout de suite dans le vif du sujet, sans quoi les gens passeraient à autre chose. On m’a demandé d’enlever le couplet mais cela ne me semblait pas conforme à ce que je souhaitais. J’avais l’impression que ce thème avait besoin d’une préparation très longue, qui mettait les gens dans l’atmosphère, en attente de quelque chose. Quand il arrive, c’est une explosion, un aboutissement.” Un peu comme ce que vivent les adolescents de La Boum, impatients de vivre leur première histoire, leur premier baiser.

Une voix inconnue

Reste ensuite à trouver un interprète. La production du film souhaite un artiste célèbre. Vladimir Cosma est convaincu du contraire : “Je cherchais un chanteur qui soit comme un instrument, pas un crooner. Quelqu’un dont on ne reconnaisse pas la voix, car je voulais qu’elle évoque celle du petit ami de l’héroïne.” La pression est intense ; comme inspiration, les producteurs ont en tête “Honesty”, le tube de Billy Joel sorti en 1978 : “C’était l’angoisse : ils diffusaient tout le temps ce titre quand ils montraient le film aux distributeurs.”  

Vladimir Cosma pense d’abord à Michael Franks, chanteur américain peu connu en France, mais une collaboration avec lui s’avère compliquée pour des questions de contrats. Au bout de plusieurs mois de recherches, il tombe sur la cassette d’un inconnu, Richard Sanderson, un franco-américain de 27 ans qui vit à deux pas de chez lui : “Ça a été une révélation, j’étais sûr que c’était lui. A la grande déception de Pinoteau et de la production du film.” L’histoire donnera pourtant raison à Cosma : sorti un mois avant le film (qui réalisera plus de 4 millions d’entrées en France), “Reality” s’écoule à huit millions d’exemplaires dans le monde entier*. Aujourd’hui encore, le titre totalise par exemple près de 5,8 millions d’écoutes sur Spotify. Un succès qui procure un véritable bonheur au compositeur, qui a signé de nombreux slows par la suite (“L’amour en héritage”, “Destinée”…) : “Reality”, c’est quelque chose qui me dépasse. Cette chanson est écoutée par des gens du monde entier, en Italie, en Allemagne, en Chine, en Corée… Quand ils apprennent que j’en suis l’auteur, c’est comme si j’ouvrais une porte magique. Une sorte de miracle.” Deux ans plus tard, il lui sera impossible de mettre la main sur Richard Sanderson, occupé à chanter “Reality” au Japon, pour interpréter “Your Eyes”, le thème de La Boum 2. Vladimir Cosma fera appel au groupe anglais Cook Da Books, qui apparaît dans le film. Mais c’est bien Sanderson qui pourrait monter sur la scène du Grand Rex avec Vladimir Cosma les 15, 16 et 19 octobre 2022. Écouter le thème de La Boum en live, 40 ans après : un rêve, qui, espérons-le, pourra bientôt devenir réalité.

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La Boum, musique de Vladimir Cosma (Barclay)
* Source : Sacem
Photo de couverture : © Gaumont

Par Pascaline Potdevin

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