Jean-Michel Jarre
Sa playlist commentée

Longtemps, la musique de film a été “le territoire du père”, Maurice Jarre, compositeur triplement oscarisé. Malgré le potentiel cinématographique énorme de sa pop spatiale, la bande originale des Granges brûlées en 1973 et les nombreux emprunts des réalisateurs aux albums cultes Oxygène et Equinoxe, Jean-Michel Jarre n’est jamais devenu un compositeur de B.O. à succès. Sans rancune pour le pionnier de l’électro synthétique à la carrière gigantesque qui, invité d’une masterclass lors de la première édition de Sœurs Jumelles, nous livre ses 3 bandes-son préférées en cinéphile hors pair.

The Social Network (2010, David Fincher) par Trent Reznor & Atticus Ross
Paradoxalement, la musique électronique n’a pas réussi à trouver sa place dans les films de science-fiction des années 80, qui baignaient pourtant dans le futur et la technologie. Au contraire, ça a été l’apothéose de John Williams (Rencontres du troisième type, Star Wars…) et des grands orchestres, avec des grands thèmes mélodiques qui restent dans la tête. Les décennies suivantes, la mélodie est souvent passée au second plan, les superviseurs musicaux privilégiant le sound design, rythmé sur l’action. Pour moi, la musique de The Social Network symbolise donc l’arrivée tardive de la musique électronique au plus haut niveau dans les bandes originales. Trent Reznor et Atticus Ross changent complètement notre manière d’aborder l’image grâce à la musique, avec un son électro qui vient prendre le contre-pied du film, sociologique et intimiste.

Peaky Blinders (2013, Steven Knight)
C’est ma série préférée. Les Anglais sont imbattables sur le plan du scénario, du cadrage… La qualité est partout, et la bande-son ne manque pas à l’appel. Même si les musiques n’ont pas nécessairement été composées, c’est un chef-d’œuvre. Ils ont placé des morceaux de Radiohead, de Jack White, des Arctic Monkeys, avec cet espèce de rock grinçant très contemporain sur une action qui se déroule entre 1919 et 1929. Ce côté contradictoire, volontairement anachronique, c’est typiquement le genre de choses qui me plaît. Comme dans 2001, L’Odyssée de l’espace, lorsque Kubrick place Le Beau Danube bleu sur les premières images de navettes spatiales. C’est le genre de décalage qui marque toute une génération.

Orange Mécanique (1971, Stanley Kubrick) par Wendy Carlos
S’il y a une bande originale que j’aurais aimé composer, c’est celle d’Orange Mécanique. Un exemple formidable d’inventivité. Prendre une partition de Beethoven et la détruire, la liquéfier, c’est magistral et c’est en accord total avec le thème du film. Quand on sait que Walter Carlos est devenu Wendy Carlos pendant la composition, on se dit que son changement de sexe et ce qu’il a vécu au plus profond de sa chair ont dû forcément jouer dans la création de cette extraordinaire musique mutante, à mon sens inégalée. À l’époque de Shining, Stanley Kubrick avait pris contact avec ma maison de disques car il hésitait à utiliser quelque chose de ouaté, à l’image de mes albums Oxygène et Equinoxe, avant de se tourner vers les morceaux plus grinçants de Penderecki. Ce n’était donc qu’un demi-contact mais j’aurais adoré travailler avec lui !

Lucas Aubry

Photo de couverture © EDDA – JM Jarre O3 studio

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