Emily Loizeau : “Ecrire pour l’image force à l’humilité”

Avant la sortie de son cinquième album Icare, désormais disponible dans les bacs et sur les plateformes, l’auteure, compositrice et interprète participait au concert hommage à Michel Legrand et Jacques Demy lors de la première édition de Sœurs Jumelles à Rochefort. L’occasion d’échanger avec elle sur son travail de compositrice, tous supports confondus.

Vous composez pour l’image et pour vous-même. En quoi l’exercice est-il différent ?

Composer pour soi-même, c’est être réceptif au monde à soi, à ce qui nous traverse, aux histoires qu’on a envie de raconter, à ce qu’on a envie de transmettre aux gens. On est un petit peu le réalisateur de son histoire, de son propre film. Écrire pour l’image, c’est écrire pour l’univers de quelqu’un d’autre, pour la rêverie d’un autre, pour quelque chose qui nous dépasse un peu puisque tout ça est très intérieur, et qu’il s’agit ici du monde intérieur d’un d’autre. Mais ce que je trouve assez génial, ce que j’adore et que j’avais essayé de faire pour mon album Mona, c’est que ça permet de sortir un peu de soi, de s’appuyer sur un cadre différent, de chercher une inspiration qui ne serait certainement pas venue autrement. Pour Mona, j’avais écrit une pièce de théâtre et j’avais pensé le disque comme la B.O. de l’histoire. C’est parce que j’avais vécu cette expérience dans le cinéma, dans le théâtre, que j’ai eu envie d’un seul coup de changer un peu le paradigme.

Comment avez-vous commencé à composer pour l’image  ?

J’ai eu parfois des demandes pour des génériques, des téléfilms, des documentaires, notamment pour ma sœur Manon Loizeau qui est journaliste. Et puis, un jour, Pierre-François Martin-Laval, avec qui j’ai des amis communs, m’appelle et me dit : “Voilà, j’adore ce que tu fais. Je veux que ce soit toi pour mon prochain film, King Guillaume”. Heureusement qu’il avait dit qu’il adorait ce que je faisais parce qu’il voulait à peu près tout sauf du Emily Loizeau. C’était un exercice de style… Il fallait qu’il y ait parfois une musique médiévale, parfois quelque chose de plus pop Beatles, plus rock, plus acoustique. En bref, des choses très très différentes. C’était assez excitant et il y avait une confiance réciproque entre lui et moi. C’était un peu impressionnant de faire la musique d’un long-métrage mais, en même temps, j’avais l’impression d’être avec un ami et de m’amuser avec lui. C’était très précieux. J’ai ensuite travaillé avec Aude Léa Rapin pour un court, Ton coeur au hasard, et les clips de mon prochain disque. Ça a été une vraie rencontre. Il y a aussi eu des documentaires, un générique pour Luc Jacquet… J’ai hâte de renouer avec l’exercice car il force à l’humilité : on doit vraiment accepter parfois de renoncer à des morceaux, des choses qu’on trouvait chouettes. Et puis, j’aime bien rentrer dans les chaussons de quelqu’un.

Pensez-vous immédiatement à des images, à vos clips, quand vous écrivez ?

Oui. Ma maman était peintre, donc tout l’aspect visuel est très fort pour moi. Il y a des images qui me traversent, des choses liées à la scène, à mes clips. Ensuite, ça se précise une fois que les chansons sont là. Je dirais qu’il y a plusieurs étapes : les images instinctives au moment où les musiques naissent et le moment où je confie la chose. Je ne réalise pas mes clips. Mais pour mon dernier album Icare, j’étais très investie dans la réalisation. Cet album est un peu comme un journal de bord des deux dernières années qu’on vient de vivre tous collectivement. J’avais envie que l’on ressente une forme d’intimité dans les clips. Et, à l’inverse de nous qui amenons notre musique sur les images, je trouve ça génial qu’Aude pose ces images sur ma musique, de laisser, d’un seul coup, la folie ou l’univers d’un autre s’inscrire sur ce que l’on a fait.

Images : Peggy Bergère
Montage : Anna Fonso
Interview : Marilyne Letertre

Crédit Photo : Marie-Astrid Jamois

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