Dominique A / Bertrand Belin
En parfaite harmonie

Comme son nom l’indique, Tralala est une comédie musicale, un genre inédit pour les Frères Larrieu, comme pour leurs six compositeurs, intimement liés à un acteur du casting – et donc à un personnage du film : Philippe Katerine a composé pour Mathieu Amalric, Etienne Daho pour Maïwenn, Jeanne Cherhal pour Mélanie Thierry et Galatéa Bellugi pour elle-même. Au générique de ce long-métrage enchanté projeté hors compétition à Cannes en juillet 2021 et en salles ce mercredi 6 octobre, figurent aussi Dominique A qui, lui, signe un morceau pour Josiane Balasko, et Bertrand Belin qui interprète le rôle de Seb et ses propres chansons à l’écran.

Comment est arrivée cette collaboration sur Tralala ?

Dominique A : Les frères Larrieu m’ont contacté au printemps 2020 et m’ont expliqué le projet, avec ce système de personnage auquel correspond à chaque fois un auteur ou une autrice attitré(e), et m’ont proposé d’écrire la chanson de Josiane Balasko. Ils m’ont aussi averti qu’une autre de mes chansons pré-existante serait utilisée dans le film. C’était une collaboration très courte, épisodique. Un one shot aussi : ils m’ont expliqué le contexte, la scène, j’ai lu le synopsis avec des phrases de références, et j’ai brodé autour de ça, avec l’idée que certains éléments dramaturgiques soient inclus dans la chanson. Je l’ai écrite en une heure trente, enregistrée dans la foulée et elle a été validée dans la soirée. C’était un peu le speed-dating de la B.O.

Bertrand Belin : C’est à la même période que j’ai été contacté par Arnaud et Jean-Marie. Pendant le premier confinement, le seul, le vrai, le label rouge. Ils m’ont dit que Dominique A était dans la boucle et puis d’autres, comme Étienne Daho ou Jeanne Cherhal. Ils voulaient me confier l’écriture de deux ou trois chansons d’un personnage en particulier. Plus tard, un peu du bout des lèvres, Jean-Marie et Arnaud m’ont laissé entendre que, peut-être, il y aurait un rôle que je pourrais interpréter dans le film. Celui, justement, de ce personnage pour lequel j’écrivais des chansons.

C’est un hasard qu’ils vous aient contacté tous les deux ? Car vous vous connaissez bien…

Dominique A:  Ils ont contacté des gens qui sont affiliés à une certaine scène, qui ont quelques affinités musicales. Là, en l’occurrence, nous sommes quatre compagnons de label parce qu’il y a aussi Malik Djoudi et Philippe Katerine. Cela reflète les goûts des frères Larrieu et donne une certaine cohérence musicale à leur film.

Bertrand Belin : Arnaud et Jean-Marie sont des mélomanes, ils vont aux concerts. Ils nous avaient d’ailleurs vus plusieurs fois au cours des années précédentes. Il y a des affinités artistiques très claires entre nous tous.

Qu’est-ce que cela change de composer pour un personnage, et non pour soi ?

Bertrand Belin : D’une part, les chansons devaient intégrer des éléments scénaristiques qui font avancer le récit. Il y a des propos dans les chansons qui servent à ouvrir des portes, à donner des clefs de compréhension de l’intrigue. Ce qui devait être présent dans les chansons était à la charge des réalisateurs et des scénaristes. Jean-Marie et Arnaud avaient très largement déblayé et en partie écrit les textes des chansons. En ce qui me concerne, j’ai eu affaire à des textes qui étaient déjà posés dans le scénario et que j’ai un peu repris : la musique exigeait un certain nombre d’aménagements. En ce qui concerne la musique, ils avaient des indications à donner : « On est plutôt dans une énergie électrique, ou, au contraire dans un esprit plus romantique, ou encore quelque chose d’assez brutal… » Eux avaient la maîtrise et c’était à nous de répondre à leurs demandes de metteurs en scène.

Dominique A : Ils mettaient en correspondance personnage et compositeur ou compositrice en fonction de l’image qu’ils avaient du répertoire dudit compositeur. Moi, ils sont venus me voir pour un passage un peu grave, un peu lyrique. Ils se sont dit que ça collait avec ce que je faisais. On était intégré à leur tambouille qui était déjà bien ficelée, avec des ingrédients identifiés.

Vous avez donc travaillé individuellement ? N’était-ce pas un peu risqué du point de vue de la cohérence?

Bertrand  Belin : En effet, on ne s’est pas concertés du tout. Pour un film musical, c’est une démarche un peu iconoclaste de faire appel à plusieurs compositeurs. Par peur de l’incohérence justement. Mais, en même temps, c’est intéressant de séparer ainsi les personnages les uns des autres. Que chacun ait sa musique propre, comme dans la vie.

Dominique A :  Après, il y avait Renaud Letang, le superviseur musical du film, qui faisait le lien. Par exemple, je n’ai pas du tout arrangé ma chanson, c’est lui et son fils qui s’en sont chargés.

Bertrand Belin : J’ai beaucoup apprécié le travail de Renaud : il y avait des univers qu’il fallait recoudre ensemble, accueillir des voix très diverses et il a fait un boulot titanesque qui enveloppe tout cela de la plus belle des manières.

Dominique, saviez-vous que Josiane Balasko allait interpréter votre chanson dès le début ?

Dominique A : Il y avait deux interprètes pressenties, mais j’étais ravi que ce soit finalement elle. Par rapport à moi, c’était inattendu. Je l’aime beaucoup, c’est une femme brillante, une figure populaire. En dehors du fait que des éléments de scénario étaient posés dans les chansons par Arnaud et Jean-Marie, c’était un peu la même chose que d’écrire pour une autre voix, un autre chanteur ou une autre chanteuse dont on se fait soi-même une idée.

Bertrand, vous aviez déjà composé pour l’image. En quoi cette expérience était-elle différente ?

Bertrand Belin : Parce que le film a été pensé avec la musique. Ce qui est rare. Il y a bien d’autres choses qui passent avant habituellement : l’écriture du scénario, le financement, les lieux… Dans la plupart des films, la musique arrive un peu tard.

Dominique A : C’est quand même dingue que ce soit si souvent un élément dont certains réalisateurs semblent nier l’importance. Ils savent très bien que cela peut avoir un impact énorme et, pourtant, ils la traitent comme la dernière roue du carrosse.

A quoi cela tient-il ?

Dominique A :  À une peur et à une méconnaissance. Une angoisse de se laisser envahir par quelque chose qu’ils ne maîtrisent pas.

Bertrand Belin : C’est d’autant plus étrange, qu’en termes de production, de matière artistique, c’est probablement ce qui coûte le moins cher sur un film. À moins d’enregistrer avec un orchestre symphonique, sur la plupart des films, ce sont un ou deux musiciens qui font la musique chez eux. Dans un budget de film à six ou sept millions, la musique n’en coûte souvent que 20 000.

Propos recueillis par Pierre Lesieur

Crédit photos : Pyramide Distribution

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