5ème set : Delphine Malausséna au rythme des balles

Le 24 juin 2021, Delphine Malausséna échangeait avec Joanna Bruzdowicz  et Marie-Jeanne Serero lors de la masterclass “Trois générations de compositrices” organisée au Théâtre de la Coupe d’Or dans le cadre de la première édition de Soeurs Jumelles. La même année, la partition qu’elle composait pour 5ème set de Quentin Reynaud (disponible en VDO/DVD) résonnait dans les salles de cinéma françaises. Une véritable prouesse tant la musique est ici vectrice d’émotions dans ce film sportif où violoncelle, batterie et électro rythment les matchs de tennis et expriment les turpitudes intérieures du héros.

Comment avez-vous conçu la B.O. de 5ème set ?
Pour me guider dans la composition, le réalisateur Quentin Reynaud m’a parlé de radicalité. Il m’a aussi donné beaucoup de liberté. On a pensé à trois axes en termes de composition. On a d’abord voulu traduire la psychologie du héros, Thomas Edison, son côté torturé et jusqu’au-boutiste, combattant et mélancolique. Le violoncelle est un instrument à cordes assez grave qui peut justement avoir toutes ces facettes, toute cette personnalité, tous ces reliefs. Et c’est un instrument solo face à une arène, ce qui convenait au tennis. Le violoncelle est vraiment la pièce maîtresse qui lie toute la musique du film, qui traduit ses émotions, des plus noires aux plus joyeuses. A un moment, quand il gagne un match et qu’il rejoint sa compagne, c’est une note aiguë, tenue, vibrée, très heureuse.

La batterie, c’est un axe qui exprime les moments où Thomas perd pied. Elle exprime aussi, pendant certains matchs, le rythme.

Pour l’électro, on avait envie de sons synthétiques qui puissent amener des nappes pendant les matchs de tennis, où le temps s’étire. J’adore travailler les textures, le son lui-même et le faire évoluer. Comme une espèce de morphing de sons. Pour moi, c’est de la musique; c’est jouer sur la dimension timbrale.

La scène de fin, un match d’une trentaine de minutes, représentait un véritable challenge ?
C’est une scène vraiment cruciale. C’est le dernier match qui est aussi le premier tour de Roland Garros. L’énorme défi du film. On avait envie que je soutienne la tension, sans en faire trop, sans musique sensationnaliste. Comme le tennis est aussi un sport très auditif, nous voulions laisser des moments de silence pour être dans le match. Pour marquer sa détermination, nous avons opté pour des percussions. A contrario, quand il est abattu, il est vraiment dans son violoncelle le plus noir.

Être aussi ingénieure du son avant de composer constitue un avantage ?
C’est une grande force. Je connais bien le processus de fabrication du film, la composition de la bande son et j’arrive donc à communiquer au mieux avec l’ensemble de l’équipe son.

Comment avez-vous enregistré les musiques du film ?
Le violoncelle, je l’ai enregistré beaucoup à la maison. En tant qu’ingénieure du son, j’ai le matériel à disposition. J’ai beaucoup aimé être en tête-à-tête avec mon instrumentiste. On a trouvé des choses ensemble, des textures. J’ai placé le micro sur les touches de la violoncelliste Juliana Laska pour qu’on entende vraiment le son des doigts qui tapent sur le manche. Pour moi, ça, c’est vraiment un acte de composition. Parce que ça change le son, ça change la perception. Après, nous sommes allées en studio une journée pour compléter ce qu’on n’avait pas eu le temps d’enregistrer.

Pareil pour le batteur : c’est moi qui l’ai enregistré avec l’aide d’un ami. Comme ça, toute seule. C’est un luxe d’avoir cette possibilité, une souplesse.

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Par Marilyne Letertre et Matéa Iliéva

Photo de couverture © Manuel Duran / Affiche © Apollo films

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