Christophe Caurret : “Je fais confiance à mes instincts”

Directeur de création musique au sein de l’agence de pub BETC dirigée par Mercedes Erra, Christophe Caurret nous racontait son métier lors de la première édition de Sœurs Jumelles qui se tenait à Rochefort en juin.

En quoi consiste votre métier ?
Je travaille sur tous les sujets “musiques et marques” au sein de l’agence. Les plus connus ou courants sont ce qu’on appelle les synchronisations de musique. C’est le fait de mettre des musiques en fond sonore des films de pub. Soit on les met tels quels pour les titres du commerce, soit on crée des compositions originales. Mon métier, c’est aussi gérer tout le reste de la bande son : les voix off, le sound design… Ça peut être aussi de la sonorisation d’espaces dédiés. Pendant très longtemps, j’ai travaillé pour une compagnie aérienne où je m’occupais de toutes les musiques à bord des avions, et ce dans le monde entier.

Y a-t-il un ADN de la musique BETC ?
Totalement. On est assez partisan de laisser leur chance à des artistes que l’on qualifie “découverte” sur certaines publicités. J’ai eu la chance d’arriver en 1999 : le premier spot sur lequel j’ai bossé était un film de Michel Gondry sur lequel on a synchronisé les Chemical Brothers. En soi, ça a été un peu l’élément fondateur de notre ADN. Dans le sens où, si les Chemical étaient déjà un groupe reconnu dans le milieu musical, ils ne l’étaient pas spécialement dans l’environnement publicitaire.

Utilise-t-on plus de synchro ou de musique originale dans la pub ?
Toutes les agences ont à peu près le même fonctionnement. Il y a toujours plus de compositions originales que de synchronisations publicitaires. Et ce n’est pas toujours pour des raisons budgétaires; c’est aussi adapté au projet, à la demande des clients… J’ai eu beaucoup de chance chez BETC qui doit être l’agence qui synchronise le plus de musiques dites préexistantes. L’association d’une musique et d’une image, ce moment où vous testez une musique que vous avez choisie sur un film, c’est magnifique. Vous le savez tout de suite : la magie opère ou n’opère pas. La composition originale peut aussi être magique mais, d’une certaine façon, on est déjà dans un processus d’intellectualisation. Il y a une préparation, des allers-retours… C’est autre chose.

C’est quoi une bonne musique de pub ?
De manière très égoïste, je laisse parler mes instincts parce que, si je devais écouter tous les gens embarqués dans ce processus, cela ferait beaucoup trop de personnes. Ceci étant dit, on travaille bien évidemment de concert avec les réalisateurs, les équipes créatives, les clients qui, à la fin, vont confirmer la musique. Mais, en tout cas, quand je suis dans le processus de recherche, je fais confiance à mes instincts. Très naïvement, je me dis : “Si j’ai été touché, pourquoi le plus grand nombre ne le serait pas ?” J’essaie aussi d’avoir en tête des paramètres un peu plus objectifs que mes sentiments ou ma charge  émotionnelle. Je tiens compte des valeurs de la marque, du projet… Mais c’est ce que je vous racontais : la magie opère ou n’opère pas.

Comment sont rémunérés les artistes pour une pub ?
Généralement, quand vous synchronisez un morceau du commerce, vous rémunérez à la fois l’éditeur qui représente l’artiste en tant qu’auteur-compositeur et puis le label, la maison de disques, qui va rémunérer l’artiste en tant qu’artiste-interprète. Donc, il y a deux types de droit. Pour une composition originale, c’est un petit peu plus simple. On rémunère souvent un artiste et/ou son éditeur s’il en a un. Ensuite, les sommes dépendent du projet, de l’exploitation du projet, de la notoriété de l’artiste… Il y a plein de paramètres qui entrent en jeu.

Images : Peggy Bergère
Interview : Marilyne Letertre

Photo de couverture © Marie Astrid Jamois

Pub Air France (1999)
© Agence BETC
Réalisation : Michel Gondry
Musique : The Chemical brothers

 

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