Bertrand Burgalat : “Je compose de façon très instinctive”

Thriller chabrolien sur un couple englué dans le mensonge et les faux-semblants, Les Apparences de Marc Fitoussi est disponible en DVD. L’occasion de découvrir l’alchimie créative entre le réalisateur et son compositeur Bertrand Burgalat qui revient, pour Sœurs Jumelles, sur cette BO hypnotique et mystérieuse, disponible en version numérique. 

Est-ce la première fois que vous collaboriez avec Marc Fitoussi  ?
Oui mais j’aimais déjà beaucoup son travail et je connaissais sa relation au long cours avec Tim Ganes et mon ami Sean O’Hagan. Le fait qu’il collabore avec ces grands musiciens, qui ne sont pas dans la shortlist habituelle des réalisateurs un peu conformistes, me laissait penser qu’il était intéressant : je n’ai pas été déçu.

A quel moment du processus de fabrication êtes-vous intervenu ?
Lorsque Marc m’a contacté, le film était quasi monté. Il y avait des contraintes de temps et de budget très importantes, dont il n’était pas responsable, et c’est peut-être pour cela qu’il ne pouvait pas faire appel à Tim et Sean, le premier étant par ailleurs en tournée avec Stereolab. Marc est venu me voir, m’expliquer les scènes, l’ambiance, le genre de musique qu’il imaginait. Selon moi, un réalisateur n’a pas spécialement à “s’y connaître” en musique. L’important est qu’il sache communiquer sa vision des choses, comme il doit pouvoir le faire auprès des acteurs ou des autres corps de métier. Cela dit, Marc a non seulement une profonde culture musicale et un goût très personnel mais il est aussi clair, précis et encourageant. C’est un formidable metteur en scène, un auteur d’une grande finesse.

Si vous deviez définir la musique du film, nous la raconter…
J’ai écrit pour cordes, cor, basson et flute. Une fois l’orchestre enregistré, j’ai joué moi-même les autres instruments : piano, percussions, célesta, Rhodes. Je ne sais pas trop comment définir la musique car, en général, je regarde les images, je m’imprègne, je lis les commentaires et les notes du réalisateur et ensuite, je compose de façon très instinctive.

“Je ne sais pas trop comment définir la musique car, en général, je regarde les images, je m’imprègne, je lis les commentaires et les notes du réalisateur et ensuite, je compose de façon très instinctive.”

Quelle place a été accordée à la synchro dans la B.O. ?
Il y a très peu de musiques préexistantes et quand c’est le cas, elle répond à un besoin précis. Le merveilleux Im 80. Stockwerk” de Hildegard Knef colle par exemple parfaitement à l’ambiance d’une scène de bar de nuit. C’est un morceau que j’ai toujours adoré et que Marc avait choisi. Il y a aussi “Ceu Azulou”, extrait d’un disque de Helena Noguerra que j’avais sorti sur mon label il y a 20 ans, et d’autres titres issus de mon catalogue. Mais c’est très discret, a contrario des “B.O. karaoké” dans lesquelles les réalisateurs essaient d’étaler leur bon goût ou celui de leur superviseur musical.

Racontez-nous une anecdote liée à la fabrication de cette B.O. ?
A l’époque, j’étais en train de déménager et je vivais provisoirement dans un appartement meublé, je travaillais sur la table de la salle à manger. Je crois que cela amusait beaucoup Marc qui avait parfois eu affaire à des compositeurs cotés, croulant sous le matériel et les récompenses… Pour le grand Michel Colombier, il y avait trois paramètres dans une B.O. : le temps, l’argent, la qualité. Il estimait qu’on pouvait faire une B.O. de qualité sans argent avec du temps, ou a contrario avec beaucoup d’argent mais peu de temps. Mais, sans temps et sans argent, c’est impossible. Ici, il n’y a eu ni temps ni argent : le budget (20.000€) avec lequel j’ai dû payer l’orchestre, le studio, l’ingénieur du son, le copiste, le mixage et mon propre travail représente 0,5% du budget total du film. C’est un combat à armes inégales car le spectateur, lui, ne connaît pas ce contexte. Et il faut que ce soit bien, malgré tout. Ce manque de considération pour la musique et ceux qui la font me consterne, me décourage et ne m’aide pas à vivre. Pourtant, même si je ne me rends pas service  en le disant,  j’ai remarqué que plus j’étais mal payé, plus je me démenais pour que le résultat ne s’en ressente pas. Par défi et pour ne pas perdre sur les deux tableaux : je ne peux pas être si peu payé et, en plus, nuire à mon travail en livrant un travail médiocre ou déshonorant. Je tiens néanmoins à préciser ceci : je suis très heureux d’avoir fait ce film car j’ai rencontré un réalisateur formidable. La finesse, l’intelligence de la musique et l’humour de Marc m’enchantent.

D’autres projets de musique à l’image  ?
J’ai composé la musique de De Gaulle bâtisseur, un film de Camille Juza diffusé sur France 3 en novembre pour le cinquantième anniversaire de sa mort. J’attends avec impatience que mon complice Benoît Forgeard termine l’écriture de son prochain long-métrage, tout comme Sigrid Alnoy, Elise Girard… Je suis un compositeur de musique de films du dimanche -et rarement hélas de films du dimanche soir- car on ne pense pas souvent à moi. Cela m’a longtemps peiné, mais, aujourd’hui,  je m’en moque car j’ai la chance de travailler avec quelques réalisateurs formidables. Ils ou elles ne tournent pas tous les 15 jours mais je crée différemment : je m’occupe de mon label, et de notre département Esthétique Industrielle qui regroupe nos activités de commande; je fais un disque solo de temps en temps; je collabore avec la presse et je m’occupe du Syndicat National de l’Edition Phonographique et de l’association Diabète et Méchant (diabeteetmechant.org) que j’ai co-fondée.

La BO en écoute ici : https://idol.lnk.to/Les_apparences

 

Photo de couverture et ci-dessus : © Serge Leblon

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