Audrey Ismaël/Swann Arlaud
Un court de grands

Réalisé à La Réunion dans le cadre 27ème édition des Talents Adami, Zorey est le second court-métrage du comédien doublement césarisé Swann Arlaud. Il raconte l’histoire de Laura, Célian et Marie, confrontés au douloureux scandale d’État des enfants de la Creuse. Pour le mettre en musique, l’acteur a fait appel à la compositrice Audrey Ismaël. Nous les avons rencontrés lors du Festival de Cannes 2021 où le film était projeté.

Comment vous êtes-vous connus ?
Swann Arlaud : Beaucoup de gens autour de moi m’avaient parlé d’Audrey, notamment ma cousine Mathilde Carmet qui travaille pour l’ADAMI. Et puis, on s’est croisés par hasard dans la rue : Audrey que je ne connaissais pas est venue vers moi pour se présenter. Comme elle est d’origine réunionnaise, je me suis dit que cela faisait beaucoup de coïncidences. 

Audrey Ismaël : Quand je l’ai vu dans la rue, j’ai essayé de résumer en trois minutes les raisons pour lesquelles j’avais très envie de faire son film. D’abord, l’histoire des orphelins de la Creuse est un épisode historique que je connais bien. Et puis, j’étais persuadée qu’il allait faire quelque chose d’intelligent et de sensible.

Swann, c’est votre deuxième court-métrage. Quelle place vouliez-vous donner à la musique ?
S. A. : Il y avait une séquence importante que je ne savais pas trop comment aborder. C’est une scène de danse, une sorte d’appel aux ancêtres. À La Réunion, il y a une place assez importante pour les croyances mystiques, et j’avais envie d’effleurer ça. Je voulais que la résolution de l’histoire ne soit pas seulement le fait des êtres humains, mais aussi de quelque chose au-dessus d’eux. Pour cette scène, je voulais absolument la musique avant de tourner, pour que le comédien puisse danser dessus. La seule chose que je savais, c’est que je voulais quelque chose d’à la fois tribal et électro. On a donc commencé à travailler là-dessus et il y a eu tout de suite une alchimie, une fluidité.

Audrey, quelles indications vous a données Swann ?
A. I. : Il m’a parlé de l’aspect mystique et spirituel auquel je suis très sensible et que je ressens très profondément sur cette île d’où je viens. Sans être une orpheline de la Creuse, j’en suis aussi déracinée. Sa vision me prenait aux tripes. On a commencé par parler de tout cela de manière un peu conceptuelle et je lui ai demandé de m’envoyer des musiques qu’il aimait. Et il a choisi des morceaux qui résonnaient beaucoup en moi. J’ai alors envoyé une première version et au milieu, il a entendu cette petite mélodie qui est devenue la berceuse fredonnée à la fin du film, et qui peu à peu se transforme en musique de générique. J’ai pu écrire cette berceuse en créole alors que je venais d’être maman : ça signifiait beaucoup pour moi.

Quelles spécificités y a-t-il à composer pour un court-métrage ?
A. I. : C’est un peu particulier pour celui-ci parce qu’il y a deux moments de musique importants : la berceuse et la danse. Et c’est le grand écart musical entre ces deux scènes ! C’est assez rare car, en général, un score est assez homogène. Il y a d’ailleurs une autre musique qui a été composée par Etienne, le comédien principal, celui qui danse. Il a écrit une ballade magnifique qui ouvre le film, comme une espèce de danse de la nuit. Il commence à la chanter, à la manière d’un conteur, et moi j’arrive à la fin avec une petite nappe qui préfigure l’identité musicale de la suite.

Ecoutez la musique d’Audrey Ismaël sur ce lien

Propos recueillis par Pierre Lesieur

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